« D’après une histoire vraie » de Delphine De Vigan

Au tout début était le doute. On pourrait se demander où tout cela nous mènera. Comme une envie incessante d’hurler « Delphine ! Réveille-toi ! Ouvre les yeux ! Ne la laisse pas faire ! ». On pourrait avoir le sentiment que Delphine n’est plus Delphine, qu’elle plane au-dessus de son propre corps comme son âme, elle en devient sa spectatrice.

Elle subit, elle encaisse, partagée entre les moments de lucidité et ceux d’impuissance, de renoncement. Parce que finalement elle est là, L.. C’est d’ailleurs son terrain de jeu, son cheval de bataille… Envahir l’autre, l’apprivoiser pour mieux l’asphyxier et la dominer, la maîtriser, la retenir. ; L. sait s’y prendre pour atteindre et envelopper Delphine. On pourrait parler d’emprise, pouvoir sur elle qu’L. exerce crescendo. Et au fil du temps, les similitudes apparaissent, les ressemblances montées de toute pièce… jusqu’à devenir Delphine, prendre sa place.

L. fera en sorte d’isoler Delphine, de la couper de son univers, de son entourage. Jusqu’au jour où cette manigance atteindra ses limites, son point final, qui malgré tout, laissera toujours cette question en suspens « L. a-t-elle vraiment existé ? » Quelle est donc finalement la part de réalité de cette histoire ?

Si L. sait piéger Delphine, le lecteur est ici, lui aussi, piégé à son tour, dans ce tourbillon. On peut ressentir comme un doute, au début du roman, sans trop comprendre le chemin qui nous attend. La montée progressive de la prise en main de l’autre nous entraîne dans le sillage de ce duo : une romancière en panne d’inspiration et une manipulatrice usurpatrice et insupportable. On a l’impression parfois de suffoquer, de vouloir en sortir pour respirer, mais rien y fait : ce roman nous enserre et nous capture. On y retrouve la plume personnelle et intime de Delphine De Vigan, que l’on connait si bien maintenant. Sur un fond psychologique, ses personnages nous encerclent puis se révèlent. Tout au long de cette histoire, on poursuit la quête de savoir « Fiction ou réalité ? ». Question qui jusqu’à la fin ne trouvera pas sa réponse…

« L. était plutôt une méduse, légère et translucide, qui s’était déposée sur une partie de mon âme. Le contact avait laissé une brûlure, mais elle n’était pas visible à l’œil nu. L’empreinte me laissait en apparence libre de mes mouvements. Mais me reliait à elle, bien plus que je ne pouvais l’imaginer. »…

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