« La nuit passera quand même » de Émilie Houssa

Editions Denoël – Parution le 11 janvier 2018

Squatsh Bernstein n’est pas un homme comme les autres. Dans le film « Victor Victoria » de Blake Edwards, il y joue un rôle de garde du corps. Homme relativement effacé. Aimant la boxe. Et les hommes. Il n’est pas spécialement célèbre. Il n’est pas spécialement connu. Un rôle secondaire. Un peu comme dans sa vie d’ailleurs. Vie que Émilie Houssa va totalement imaginer et dessiner dans ce livre.
Elle va le faire naître en Normandie, grandir à Paris dans le quartier de Belleville, un père somme toute assez transparent, une mère plutôt nerveuse et puis un frère et une sœur qu’il va idolâtrer et qu’il fera toujours passer avant lui, comme les autres d’ailleurs.
Mais Squatsh a besoin de son univers. Alors pour s’isoler il passe du temps dans les toilettes, enfermé, à réfléchir, à penser.
Il va aimer la danse, qu’il découvrira grâce à sa sœur, lorsqu’il l’entraînait, plus jeune. Et puis il pratiquera la boxe.
Il sera ensuite confronté à des doutes, refoulera ses sentiments qu’il aura en lui. Sans comprendre. Sans vouloir comprendre. Sans vouloir accepter. Pour lui ou pour les autres ? Car Squatsh fait toujours passer les autres avant lui.
Il fera beaucoup de rencontres. Perdra les membres de sa famille au fil de l’eau. Les uns après les autres. Il voyagera. Comme en quête de quelque chose, mais de quoi ?
Comme le dit si bien l’éditeur d’Émilie Houssa, elle dresse ici « un portrait poétique et touchant de Squatsh Bernstein, éternel personnage secondaire de sa propre vie ».
De la poésie. De la modestie. Un premier roman tout en délicatesse. Beaucoup de tendresse pour ce personnage à l’allure robuste. Mais aussi une certaine force, même si celle-ci peut paraître un peu cachée, un peu dissimulée derrière cette carapace, comme derrière une vitrine.
Une plume tout à fait « délicieuse », pour un très bon moment de lecture, une bien belle découverte.
Je remercie les éditions Denoël pour ce joli cadeau et ce bon moment passé en compagnie de Squatsh et bien évidemment je remercie également Émilie Houssa avec qui j’ai eu l’occasion d’échanger tout au long de ma lecture, pour ce petit bijou qui, je l’espère, trouvera d’autres nombreux lecteurs.

« Nous mourrons de cette obligation, le bonheur n’est pas nécessaire. La nuit passera quand même. »

« Dans la littérature ou le confort des musées, il avait découvert l’émotion sereine. »

« Squatsh Bernstein eut quarante ans, des livres qu’il collectionna de nouveau, faute d’autre chose, et un métier de garde du corps. »

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