« Vivre ensemble » de Emilie Frèche

Éditions Stock
Parution le 22 août 2018
Explorateur rentrée littéraire 2018 via lecteurs.com

J’ai pourtant bien attendu quelques jours avant de rédiger cette chronique. Le temps que je sois enfin en capacité de vous dire combien cette lecture m’a charmée. Ce n’est pas une histoire simple. Mais une triple histoire : celle d’une famille « à composer » qui s’installe, celle du camp de Calais et celle de Salomon, un enfant pas comme les autres, dans la souffrance et le refus perpétuel.

La notion de « Vivre ensemble » prend tout son sens tout au long de ces pages. La vie en communauté n’a rien de simple. Que l’on se connaisse peu, que l’on soit déjà proche ou de parfaits inconnus, lorsqu’on doit faire sa place ou tout mettre en œuvre pour s’en saisir, comment s’y prendre ? Au détriment des autres ?

La mise en parallèle de ces 3 sujets est très habile. Car dans tous les cas, l’objectif est le même : vivre ensemble.

L’évènement déclencheur, absolument tragique et par lequel commence cette histoire, est la série d’attentats du 13 novembre. Comme une prise de conscience, la nécessité pour Déborah d’accélérer le cours des choses. Le rythme de la vie. Prendre enfin la décision de s’installer avec celui qu’elle aime, Pierre, et leurs enfants. Comme un besoin vital de réaliser ce projet., créer une nouvelle famille. Lui trouver un toit. « … parce qu’ en dépit des larmes et du sang si souvent versés il est bien une chose dont les hommes ne pourront jamais se passer, c’est d’aimer, et être aimés. »

Mais cette aventure est loin d’être idyllique ni aisée. Salomon le fils de Pierre complique considérablement les choses. A force de volonté d’agir, d’aider, Déborah finira par découvrir que cet enfant n’est pas comme les autres. Sous cette violence se cache un mal-être, une véritable maladie, que sa mère ne fait qu’envenimer davantage.

Déborah va donc tout mettre en œuvre pour que l’harmonie prenne place au sein de sa famille, y compris pour son fils Léo, à qui Salomon ne rend pas la vie facile et encore moins amusante. Pierre, quant à lui, peut sembler distant par rapport à son fils. A ce qu’il fait. A ce qu’il fait endurer aux autres. Ses escapades à Calais sont aussi parfois comme un prétexte pour s’éloigner un peu de tout ça. Du moins c’est ce que l’on pourrait penser. Et pourtant, lorsqu’il se rend sur le camp, c’est une toute autre réalité, un autre monde… Une vie en communauté, ses difficultés et ses aspérités.

Je tâche de ne pas trop vous en dire pour vous laisser le plaisir de faire leur connaissance, de découvrir leur histoire, de les aimer, de vous y attacher comme je l’ai fait au fil des pages. Une fois la dernière tournée, j’ai eu comme un pincement au cœur de les quitter. D’une intensité savamment dosée mais bien présente, Emilie Frèche m’a envoûtée en toute simplicité. J’ai été conquise. Alors Oui, j’ai le plaisir de vous annoncer un coup de cœur bien mérité : « Les mots écrits ne s’effacent pas. Les mots écrits se lisent et se relisent, ils se gravent dans le cerveau, dans le cœur de ceux à qui ils sont destinés, ils colorent leur sang de leur encre pour en faire du mauvais et, bientôt, ils deviennent cette petite musique entêtante, cette ritournelle diabolique qui n’est plus un conseil ou une mise en garde, mais seulement le jet d’un sortilège.

Vivre ensemble de emilie freche

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