Rencontre « Gayle Forman » – 29 Octobre 2018 chez Babélio

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 Les mots de l’auteure…

  • Pouvez-vous nous présenter l’histoire de votre livre « Ce que nous avons perdu » ?

C’est l’histoire d’une rencontre entre trois jeunes paumés, à New-York, qui essaient de retrouver leurs voies, leurs chemins, ensemble.

  • Quelle fut votre source d’inspiration pour l’écriture de ce livre ?

Cela faisait un bon moment que je n’écrivais plus, j’avais fait plusieurs tentatives, sans succès, alors j’ai abandonné… mais pas pour très longtemps. Ce livre a été écrit avant et après les élections présidentielles aux USA. Et à cette époque, plus rien n’avait d’importance… J’ai été prise comme dans un tourbillon, entre paralysie et sentiment de « A quoi bon ? », j’ai failli arrêter d’écrire. Et puis, il a suffi d’une phrase, qui tournait en boucle dans ma tête et qui un jour m’a été soufflée par Freya. Nous avons alors fait toutes les deux connaissance, j’ai écrit cette phrase « I’ve lost my way » et c’est ainsi qu’est née l’idée du roman et de ses personnages. Leurs pertes de repères, à eux, m’ont permis de retrouver mon chemin. Ecrire ma rage mais aussi mon espoir.

  • Comment sont nés vos personnages ?

Freya est arrivée en premier, puis ont suivi Harun et enfin Nathaniel. Autour de Nathaniel rôde tout un mystère, il est le dernier pour qui le voile est levé. Sa propre honte. Et puis, je voulais que les lecteurs fassent/vivent l’expérience de la grenouille dans la casserole :-), cet état d’ébullition progressive est une image qui se retrouve aussi chez Nathaniel. Mes trois personnages sont éloignés de ma personnalité, mais un lien fort les rapproche de moi.

En ce qui concerne Harun, je connais beaucoup de gens qui sont en perpétuelle négociation entre deux mondes et sous la coupe de leurs parents, pour lui, l’annonce de son homosexualité est juste inconcevable. Mais Harun, je l’ai immédiatement compris, capté, malgré tout ce qui m’oppose à lui. Je connaissais déjà l’issue de son histoire avec James, que Harun reviendrait vers lui, mais que leur histoire n’aboutirait pas et lui briserait le cœur.

Pour Freya et sa soeur, je me suis beaucoup inspirée de mes propres filles, de leur rivalité et de l’importance des réseaux sociaux dans leurs vies. J’ai une fille biologique et une fille adoptée en Ethiopie. Pour comprendre la complexité de Freya et la situation qu’elle vit avec sa sœur, le processus fut long et compliqué.

La construction du personnage de Nathaniel a donné lieu à beaucoup de versions, nécessaires pour comprendre son histoire. Il avait besoin de quelqu’un qui s’occupe de lui.

Mes trois personnages ont été là, dès le début. Ils sont si différents les uns des autres, et pourtant, ils se relient de manière visibles et invisibles. Leur solitude est comme un cycle : ils traversent des périodes d’incertitude, sont séparés de ceux qui les entourent. Ils sont seuls, isolés, n’arrivent pas à être en lien avec les autres, ceux qui pourraient les aider.

Souvent les ados sont perdus et traversent des moments de changement et d’isolement intenses. Lorsqu’on voit certaines publications dans les réseaux sociaux, en public, il y a souvent des personnes qui manifestent leur soutien, leurs encouragements ; même si ceux-ci sont virtuels, cela donne un sentiment d’avoir été entendu, d’être soutenu… Mais qu’en est-il dans la vraie vie ?

Au-delà de la propre histoire de chaque personnage, j’ai aussi voulu donner un rôle aux parents ; des parents absents et/ou démissionnaires ; des parents pétris de défauts… Le père de Nathaniel atteint d’une maladie mentale, ou la mère de Freya si étouffante, ou encore les parents de Harun, dont la famille a un certain équilibre que la tradition trop présente fragilise un peu. 

  • Pourquoi une chanteuse ?

Parce qu’avec moi, il y a toujours et partout la musique, elle est comme un canalisateur émotionnel, comme un impact provoquant une émotion forte et profonde en moi.

  • Pourquoi New-York ?

Parce que New-York je l’aime autant que je la déteste. Dans cette ville, on y rencontre des gens totalement improbables. Avec un peu d’ouverture, à New-York, on découvre tellement de personnes si différentes, de par la multiplicité des cultures. Paris et New-York sont des lieux magiques où peuvent se produire beaucoup de choses.

  • Racontez nous l’autre histoire, celle de la chanson de « la petite robe blanche »…

Dans plusieurs de mes romans, il est question de chanson. Pour celui-ci, j’entendais « la petite robe blanche » et c’était comme si j’écrivais une comédie musicale ; c’est ainsi que j’ai décidé de donner vie à cette mélodie qui m’a accompagnée. Elle a été écrite puis enregistrée, par une amie de ma fille, qui avait beaucoup de points communs avec le personnage de Freya, et qui comme elle, est née en chantant…

  • Votre livre est conçu avec des allers et retours dans le temps, pourquoi ?

Dans mon draft d’origine, il y avait pour chaque personnage, le présent puis le passé ; j’ai trouvé que cela donnait la sensation de les passer à la moulinette. J’ai alors eu l’idée de faire parler un narrateur avec sa vue d’en-haut. Cette voix narrative est aussi là pour les écarter de leurs douleurs.

La structure en flashbacks se retrouve aussi dans mon roman précédent « Si je reste ». J’ai l’impression que cela procure une respiration au lecteur. Plus poignant, moins massif.  

  • Quel est votre public de lecteurs cible ?

Mon écriture est majoritairement destinée à la jeunesse, entre 19 et 25 ans, et pourtant, mon lectorat s’étend de 10 à 80 ans ! J’aborde des questions qui m’interpellent en tant qu’adulte, et je fais parler des jeunes car ils ont davantage le droit d’exprimer leurs sentiments, contrairement aux adultes. Quand on est jeune, on a le droit de tout ressentir. Ecrire à partir de ce point de vue, c’est excitant pour moi… comme une drogue… très « addictif ».

Les romans sont de formidables outils de fabrication d’empathie. Des études démontrent que les lecteurs de romans sont plus empathiques que les autres ! 

  • Pourquoi une fin rapide ?

Mes romans ne font pas plus de 50 000 mots, c’est mon habitude. J’aime laisser le lecteur sur sa faim (fin). Ce livre a été dur à écrire et il est vrai que j’ai un peu précipité les choses. 

  • Avez-vous pensé à une suite ?

La réponse est OUI ! J’ai envie de savoir ce que mes personnages deviennent. J’ai souvent pour habitude de mener mes romans par deux. J’ai déjà dans ma tête les pistes de leurs devenirs : comment ils vont se perdre, puis se retrouver…

Mais cette suite ne sera pas pour tout de suite… !

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