« Une carte postale du bonheur  – Une femme sous emprise » de Cristina De Amorim

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Éditions Seramis
Parution le 12/03/2018

Par définition, « le pervers narcissique est un véritable comédien. Prêt à tout pour séduire, il commence généralement par afficher son masque le plus attirant. Ce n’est qu’une fois que le charme a opéré qu’il dévoile un visage nettement moins engageant, passant alors de la séduction à l’humiliation, de l’altruisme à un égocentrisme extrême. »
Il devient toxique.

Le livre de Cristina De Amorim en est une parfaite illustration. Dès que j’ai commencé à faire connaissance avec Thomas, une image m’est de suite venue à l’esprit : celle d’une araignée, qui, fil après fil, tisse sa toile autour de sa proie, jusqu’à la rendre si épaisse que sa victime ne pourra plus s’en défaire.

Ne vous fiez pas à la couverture qui pourrait laisser penser à une histoire légère… Vous voilà bien loin d’imaginer ce qui vous attend au fil de ces pages… Vous allez vous saisir d’un pavé dans tous les sens du terme. L’ouvrir c’est ne plus le lâcher. Le lire, un piège assuré !

« Il y a d’ailleurs un mot que nos voisins Portugais ont forgé pour exprimer cette mélancolie de la terre natale : Saudade. »

Juliette pourrait être n’importe quelle femme. Mais c’est Elle. Ne jamais dire « ça ne m’arrivera pas » parce que personne ne sait. Après quelques années de mariage, son couple ne tient plus, son histoire n’est plus ce qu’elle était ; c’est la rupture. Non sans mal, une telle épreuve ne peut être vécue sans laisser une empreinte en elle, comme sur son petit garçon Tom.

« Je tais ma souffrance par la résilience. »

C’est précisément dans cette faille que Thomas va s’engouffrer pour atteindre Juliette, au cœur déjà meurtri.
Il va lui sortir le grand jeu. Les grands cadeaux, les beaux mots… et petit à petit, il installera son emprise sur elle. Mais Juliette ne s’en rendra pas compte de suite, elle croit en l’amour. Il l’isole de ses amis, s’immisce et se mêle de tout, ses tenues, son physique… Mais ce quelque chose qui les unit, aveugle Juliette… même si parfois elle s’interroge sur certains petits points. Il l’appelle sans arrêt… l’étouffe. Il doit tout contrôler. Il doit la contrôler.

« Juliette, c’est cette copine que l’on a tous envie d’avoir : toujours de bonne humeur, jamais à court d’idées, dynamique, à l’écoute et super-maman. Un concentré de bonnes ondes. »

Mais Juliette change. Elle s’éloigne de tous, elle se transforme en une autre femme que plus personne ne reconnaît… même sa propre famille.
Thomas obtient toujours ce qu’il veut, il sait s’y prendre. Un beau jour, de cette relation, naît un joli petit Maxence. Son fils. A lui.

« Après la séduction, vient naturellement la mise sous emprise. »

A force de scènes répétitives, de crises sans sens ni justifications, elle commence à détecter un comportement étrange, anormal. Depuis la naissance de Maxence, Thomas n’a d’yeux que pour lui. Juliette est de plus en plus victime de brimades, de remarques déplacées, qui se suivent et se ressemblent… Jusqu’à l’altercation de trop qui fait tout basculer.

« Je lui mens, je me mens. Dans mon mensonge subsiste sans doute, peut-être, une infime tentative d’y croire, de renouveler l’espoir, bien que très fragile, de former une famille heureuse, de prouver à tous que je ne me suis pas trompée. »

La descente aux enfers plaque Juliette au sol. La vie ensemble n’est plus possible, la séparation s’impose. Mais Juliette a tellement envie d’y croire, espérer qu’une vie familiale est encore possible. Et pourtant…

« Ma vision du bonheur est viciée, comme si quelqu’un me l’avait volée. »

Est ce vraiment possible ? Où est donc l’amour qu’elle a si souvent lu dans ses livres préférés ?

« Si je devais choisir entre livres et chaussures, je pense que je finirai par choisir les livres tout de même… Ils nous offrent une forme de liberté que personne ne peut nous enlever. Liberté qui n’appartient qu’à nous. Je m’y réfugie souvent pour fuir la réalité. »

« Une odeur indescriptible de papier, le doux parfum des mots imprimés, flotte dans l’air. »

Juliette s’effondre, se métamorphose… Elle touchera le fond. Cette emprise malsaine la détruira. Sa raison d’être et de vivre, ce sont ses enfants… Elle est prise au piège dans les mailles du filet de cet imposteur, tantôt de coton, tantôt d’acier… Toute une technique méthodique pour anéantir et faire perdre pied. Se mettre en avant au détriment des autres, sans aucun scrupule…. quitte à faire passer Juliette pour une folle…

« La seule ivresse qui m’habite est celle de la tristesse. »

Cristina, toi tu sais combien ton histoire m’a frappée, combien de fois j’ai eu envie d’hurler pour réveiller Juliette et la sortir de ce cauchemar. Tu as su très justement retranscrire cette pression qui monte qui monte, crescendo, le piège qui se referme, l’emprise qui s’installe, sournoisement, jusqu’à l’emprisonner. En tant que lectrice, plus j’avançais dans ma lecture, plus j’etouffais. Une montée en puissance totalement maîtrisée et majestueusement orchestrée. J’ai aussi beaucoup ri car, par petites touches justement dosées, l’humour trouve malgré tout une place dans ce récit déconcertant, que j’ai eu tant de mal à refermer… Une leçon de courage, de vie et de résilience !
Cristina, je te décerne un gros coup de cœur littéraire.
Lisez le, ce livre est une bombe !

« L’amour, c’est comme la brume du matin au réveil… avant que le soleil ne se lève. Ça tient un instant et puis ça s’évapore. Rapidement. L’amour est une brume qui disparaît à la première lueur de réalité. »

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