« Sucre amer » de Avni Doshi

Éditions Globe
Parution le 05/01/22
304 pages
Note : 8/10

La maman de Antara, Ma, commence à perdre la mémoire. Malgré ce que disent les médecins, Ma n’y croit pas. Pour elle, tout va bien. Elle est dans le déni.
« Je me demande ce que deviendra mon amour pour Ma lorsqu’elle sera en fin de vie. Comment saurai-je m’en occuper quand celle que je nomme ma mère n’habitera plus son corps ? »

A travers la narration de sa fille, on découvre leur passé, leur histoire. Dès le départ, on sent bien que nous allons découvrir une dure et complexe relation mère fille.
« Souvent, pendant ces années d’adolescence, j’en vins presque à la haïr. Il m’arrivait de souhaiter qu’elle ne fût jamais née, tout en sachant que cela m’effacerait. Je compris la profondeur de notre lien, et comment, irrévocablement, sa destruction à elle mènerait à la mienne. »

Ma a toujours été davantage une femme qu’une mère. Antara a été sa fille peu choyée, peu aimée. Sa mère l’a entraînée avec elle, dans une secte dès ses 4 ans, a fait fuire son père. Antara a ensuite été placée dans une institution catholique qui ne fit qu’accroître des sévices qu’elle n’avait déjà que trop connus.
Pendant que Ma perd pied et que sa mémoire l’abandonne, celle de sa fille, au contraire, déroule le fil de leur passé.
« J’ai toujours su qu’avoir une gosse comme toi ne ferait que me gâcher la vie. »

Antara, souvent dans le doute, craint de reproduire le schéma de son vécu. Celui de cette mère, qui ne cessa de la dénigrer, de la rabaisser par rapport à sa voie et son art, jusqu’à ce qu’elle devienne mère à son tour. Mais je ne puis en raconter plus…

Très perturbant. Ce livre a failli me perdre. Serait-ce l’effet attendu ? Est ce que la perdition de cette mère et sa fille devrait être celle de la lectrice que je suis ? C’est très étrange. Sa dureté a fait que j’avais du mal à le reprendre mais quand j’y étais replongée, je ne pouvais plus le lâcher. Poignant, prenant aux tripes, on se questionne, on réfléchit, on se projette, on se demande comment est-ce possible ? Comment va réagir cette fille ? Antara a-t-elle le choix ? Sera-t-elle en mesure de s’occuper de sa mère, ce que cette dernière n’a pas su faire pour elle ? Un grand merci aux Editions Globe pour cette belle découverte !

Cette histoire doit vous être contée par Avni Doshi. Laissez vous porter par ses mots, où le sucre et l’amertume ont toute leur place.

« Negrinha » de Jean-Christophe Camus et Olivier Tallec

Éditions Gallimard
Parution le 15/01/2009
102 pages
Note : 10/10

Bienvenus à bord de cette chronique à  destination du Brésil. A votre arrivée, vous aurez le plaisir de rencontrer Maria et Olinda.
Grâce à elles et à travers leurs regards, vous déambulerez dans les différents thèmes abordés dans cette superbe BD. Apprenez à les connaître.
Au fil de ces quelques bulles et très belles planches,  vous découvrirez cette relation mère fille : Olinda met tout en oeuvre pour protéger sa petite : elle a fui sa favela de son passé pour offrir le meilleur à Maria.
Et lorsqu’elle sort un peu des sentiers battus, Olinda prie tous les saints pour qu’ils la protègent.
Maria est une jeune fille qui a besoin d’un lien social, normal et essentiel, avec les autres jeunes de son âge. Il est très rare que ses copines viennent chez elle…
Ses amies d’école ne sont pas issues de la même classe social que Maria ; ainsi lorsqu’un jour elles aperçoivent sa mère dont la peau est plus sombre que la sienne, elles la prennent pour sa « bonne »… Incroyable ! Mais Maria ne se démonte pas, elle est fière de sa maman.
Le chemin de Maria croise régulièrement celui de Toquinho, petit vendeur de cacahuètes. Un évènement déclenche un rapprochement.  Ils font plus ample connaissance. Il lui fera découvrir, entre autres, les joies de la musique… Quant à Olinda, elle travaille au service d’une femme de la haute société mais un jour, ces codes seront bousculés…. Et tellement de choses encore que je vous laisse découvrir 😉
Chères Olinda et Maria, quel plaisir d’avoir croisé votre route. Grâce à vous, j’ai voyagé et cette escapade de quelques pages au Brésil m’a réchauffée le coeur. Tout n’est pas rose dans votre histoire mais elle est très riche de leçons de vie, d’apprentissages, de tolérance et surtout d’une grande générosité.
Entao, obrigada por este lindo momento na vossa companhia (alors merci pour ce beau moment en votre compagnie) !

« Numéro deux » de David Foenkinos

Éditions Gallimard
Parution le 06/01/2022
235 pages
Note : 10/10

J’ai replongé dans l’univers d’Harry Potter avec un immense plaisir mais aussi avec beaucoup de tristesse. Parce que j’ai rencontré Martin Hill  grâce à David Foenkinos.
C’est l’histoire de celui qui ne veut plus prononcer ni même entendre son nom, celui que le Choixpeau magique n’a pas choisi, celui que les Détracteurs ont décidé de vider de son bonheur et souvenirs heureux.
Ce petit garçon  avait une vie quasiment normale, celle d’un fils de parents séparés, jusqu’à ce fameux jour où il participe au casting de Harry Potter. Ils étaient des centaines, mais à la fin, il n’en resta plus que deux : Daniel Radcliffe et Martin Hill. Malgré le fait que ce dernier était au début pressenti, ce fut le premier qui arriva à mieux convaincre les équipes. Daniel Radcliffe fut donc l’élu.
C’est ainsi que l’ascension vers le succès pour lui fut la descente aux enfers pour Martin. Il s’était déjà tant propulsé et imaginé ce que serait sa vie en tant que Harry, qu’il plongea dans l’abîme. Ce fut très difficile pour lui d’encaisser cette défaite.
« La pire conséquence d’un échec, c’est qu’il transforme le reste de votre vie en un perpétuel échec. Martin comprit qu’il n’en sortirait jamais. »

Il n’y arrive pas. Face au phénomène incontournable de Harry Potter, quel que soit l’endroit, on n’entend parler que de lui. Sans cesse. A la télé. A l’école. Les livres. Chaque sortie d’un nouveau film atteint Martin de plein fouet. Il suffoque. Il perd pied. A se demander s’il ne devient pas fou. A en perdre la tête et la raison. Cette obsession prend une telle ampleur que Jeanne, sa mère, décide de prendre les choses en main… Consulter un psychologue, est ce vraiment la solution ? D’ailleurs existe-t-il une issue ?
« Sa frustration avait pris source dans le fantasme d’un autre destin qui paraissait meilleur. Mais que connaissait-il réellement du quotidien de l’autre ? Pas grand-chose, à part ce qu’en racontaient les médias et l’industrie du rêve. »

Et on assiste à sa dégradation, impuissants. Martin est comme hanté par cet échec. Il a ce sentiment de raté qui ne cesse de le poursuivre.
Quelques années plus tard, il arrête ses études malgré ses bons résultats. Il trouve un emploi de gardien de musée au Louvre. Car pas de place pour Harry Potter dans un musée. A sa moindre évocation, au moindre objet, à la moindre publicité, Martin fuit, se renferme…
Jusqu’au jour où il décide d’essayer de s’en sortir, d’exorciser… Mais y parviendra-t-il ? Seul ? Comment peut-il espérer construire un jour une vie sans parvenir à faire abstraction de cet épisode de son passé si douloureux et omniprésent ?

J’ai tout aimé : le retour dans l’univers de Harry Potter, l’écriture de David Foenkinos, l’histoire de Martin Hill… Ce livre est tout bonnement génial. Surtout pour une fan Harry Potteresque comme moi. C’est comme si, via le quai 3/4, j’avais pénétré dans l’antre de ce monde fascinant. De l’autre côté du miroir. Celui dont on ne parle pas… J’ai ouvert ce bouquin, et comme si j’avais mis ma tête dans la « pensine de Poudlard », son tourbillon m’a piégée. Un très beau piège pour un grand coup de foudre ! Merci Maître Foenkinos 💗

« Notre route unique n’offre pas le moindre accès au chemin que nous n’empruntons pas. »