« Si je me souviens bien » de Hélène Le Bris

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Éditions Eyrolles Roman
Parution le 06/06/2019

Marthe est une victime d’Alzheimer, cette maladie qui s’en prend à son cerveau et attaque sa mémoire, en détruisant ses souvenirs à petit feu.
Faisant partie intégrante de sa vie, comme un « coloc indésirable » ayant élu domicile dans son corps, elle a décidé de l’apprivoiser jusqu’à même lui donner un nom : Al.
« Al n’a pas encore attaqué la partie de mon cerveau qui stocke le plan de mon appartement. »

Ce monstre silencieux a une préférence pour les événements récents… tout un mystère. C’est ainsi que Marthe se souvient encore si bien de son passé… et se met à nous le raconter. La tristesse émerge en moi, comme une vague insurmontable quand ses épisodes de trouble font surface. Et puis se répètent. Et puis se prolongent… Que j’en viens moi-même à me perdre, dans son temps, sa narration.
« Mes souvenirs surgissent et se désagrègent comme des bulles de savon soufflées par les enfants. »

Jusqu’au jour où elle tombe sur un article de magazine qui soudainement lui rappelle son Amour, Adrien. Son sang ne fait qu’un tour, sous couvert d’un mensonge pour échapper à son proche neveu Vincent, elle décide de partir à sa recherche… Mais cette quête lui réserve bien des déconvenues et une destination encore insoupçonnée pour elle.

Ce livre fait écho à ma lecture précédente, « Tout le bleu du ciel » de Mélissa Da Costa (Éditions Carnets Nord), qui raconte lui aussi l’intense histoire d’une victime d’Alzheimer. Comme il est bouleversant d’assister, impuissante, à cet état, à cette dégradation progressive et insidieuse.
Au fil de ces pages, Hélène Le Bris déroule le fil de cette histoire de vie, hachée par les oublis. Le fond n’est pas larmoyant, je trouve qu’il donne au contraire le change, jusqu’à pousser Marthe à défier Al, de la laisser tranquille, de l’oublier un peu…
A l’image de sa couverture, de très belles illustrations monochromes prennent place et ponctuent ce roman, comme un souffle, une bulle d’oxygène.

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« Chambre 128 » de Cathy Bonidan

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Éditions De La Martinière
Parution le 17/01/19

Après avoir lu ce livre, la prochaine fois que vous irez séjourner dans une chambre d’hôtel, vous penserez à cette histoire. Et en ouvrant le tiroir de votre table de chevet, peut-être vous amuserez-vous à espérer y trouver un manuscrit.
Ce fut ainsi que débuta la quête fabuleuse d’Anne-Lise. A travers ce roman épistolaire, genre littéraire que j’affectionne, Cathy Bonidan lance son personnage principal dans une sacrée aventure. Elle va tirer un bout de fil d’une pelote qui ne cessera de dérouler des événements, dévoiler des secrets bien gardés, créer des liens entre de multiples personnes… tous plus ou moins impliqués dans l’histoire et le parcours mystérieux de ce manuscrit.
Il a fait tant de bien autour de lui, il a eu des impacts surprenant au contact de tous ceux qui ont eu la chance de l’avoir entre les mains.
Les livres peuvent sauver des vies !
« Est-ce cela qui nourrit les écrivains et leur donne la force de se confronter à la page blanche ? Cette certitude qu’au bout de l’aventure, ils pourront sauver une personne du désespoir ? »

A travers ces lettres, Anne-Lise fera preuve d’une obstination sans limite pour enfin connaître la vérité. Quel est donc ce moteur ? Qu’est ce qui motive son acharnement ?
Chaque destinataire aura joué un rôle dans le voyage incroyable de ce roman. La mobilisation mise en oeuvre autour de ces écrits provoquera une telle effervescence sur chaque acteur de cette oeuvre…
« Des raisons qui nous mènent à la lecture sont forcément les meilleures ? »

Et au fil des pages, Cathy Bonidan posera chaque pièce de ce puzzle, les unes après les autres, révélations après découvertes. Malgré le temps qui passe et les années qui défilent, tous, sans exception, se souviennent de ses mots.

Cathy Bonidan, vous m’avez offert un très bon moment en compagnie de tous ceux qui sont restés avec moi ces derniers jours. J’ai terminé ma lecture, enchantée, charmée par cette histoire et son intrigue. Un pincement au coeur de devoir les laisser poursuivre leurs chemins mais laissez moi espérer secrètement, un jour, pouvoir recroiser leurs routes. Cathy, qu’en dites-vous ? L’appel d’une suite est lancé !

« Je sais qu’une histoire peut accaparer nos étés et nos automnes. Je sais qu’un roman peut nous embarquer si loin qu’il nous pénètre et nous transforme à jamais. Je sais que des personnages de papier peuvent modifier nos souvenirs et rester pour toujours à nos côtés. »

Je remercie lecteurs.com pour ce concours qui m’a offert un si joli livre.

« Tout le bleu du ciel » de Mélissa Da Costa

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Éditions Carnets Nord
Parution le 15 février 2019
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Très chers Emile et Joanne,
Je vous écris, non pas dans un carnet noir, mais une lettre, pour vous faire part du bouleversement que votre épopée a provoqué en moi.
Vous ne m’avez pas vue, mais j’ai embarqué à bord de votre camping car.
J’ai voyagé avec vous, j’ai fait votre connaissance et je me suis beaucoup attachée à vous.
Refermer le livre de votre histoire a été un déchirement pour moi, devoir vous quitter… il n’y a que quelques heures, et vous me manquez déjà.
Mélissa Da Costa a su donner vie à vos personnages, avec une grande finesse et délicatesse, la justesse et la puissance, vous rendre très proche de la lectrice que je suis.
Malgré sa noirceur en toile de fond, son roman est plein de vie. La fin dès le début annoncée par cet Alzheimer précoce, bien loin de révéler le chemin que vous alliez me faire parcourir.

Émile, tu as fait preuve d’un courage extrême face à la maladie, tout plaquer, pour vivre… ce que le reste de ta vie était prêt à t’offrir. Ce destin si tragique t’a offert un joli cadeau, la douce inconnue, ta compagne de voyage, qui a répondu à ton annonce. Assister à ta descente dans l’oubli fut un crève coeur.
« Si je pouvais tout oublier…. Aujourd’hui il aimerait pleurer comme un enfant, tout seul contre un arbre. Il n’a plus envie d’oublier. C’est trop tard. »
Joanne, sous ton chapeau noir et cette carapace, se cache une jeune femme absolument extraordinaire. Pleine de détermination, d’humour, de vie et d’amour… un coeur brisé par le passé… que l’avenir saura-t-il réparer ? Toujours prête à aider, comme une vocation…
« Elle est comme ça, Joanne… Un symbole d’espoir au cœur d’une terre de désolation. »

J’ai aimé vos escapades, les paysages mais aussi les rencontres de ceux qui ont jalonné votre aventure. Et bien évidemment la relation qui s’est tissée entre vous, progressivement, comme brodée au fil d’or.
« La vie n’en a jamais terminé. Il l’a bien compris. Tant qu’il décidera qu’il n’est pas mort, elle continuera de lui jouer de drôles de tours. Et il n’est pas encore mort. Au contraire. Il ne s’est jamais senti aussi vivant. »

J’ai adoré faire connaissance avec Myrtille, sacré petit bout de femme, sans oublier le petit Tom… Et votre joli maison ambulante, simple mais ô combien  chaleureuse.
Lorsque j’ai atteint le terme de ma lecture, je n’ai cessé de pleurer ! Peu importait le regard des autres…. J’ai été submergée par l’émotion… Je n’ai pas su la contenir ! Un éclair s’est abattu sur moi…. Anéantie ! La vague d’émotion fut telle.. d’une intensité incontrôlable, et ce, malgré le fait de connaître la fin inéluctable.
J’ai coutume de dire que les livres sèment des petites graines en nous, qui finissent par germer un jour… Et celle-ci germe déjà, les feuilles de son émotion font déjà leur apparition.

Joanne, prends bien soin de toi…
Émile, veille bien sûr Elle, où que tu sois…

« Toute une vie et un soir » de Anne Griffin

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Parution le 3 Avril 2019

Accoudé à ce bar, il lève son verre à ceux qui ont jalonné le chemin de sa vie. Au rythme de sa dégustation, il se livre à nous, tels des confessions d’événements et même de secrets enfin dévoilés après tant de temps. Maurice Hannigan. Un Monsieur. Un remarquable conteur.
Il raconte sa dure jeunesse, de l’école qu’il  n’aimait pas, au travail sous la violence des coups. Ses amours… Et puis son amour, sa femme, sa bien aimée.
« A la porte de notre chambre, j’ai vu qu’elle était encore dans le lit, là où je l’avais laissée. J’ai touché sa peau. Au froid, j’ai senti qu’elle était plus là. »

A chaque chapitre, il trinque à l’un des membres de son entourage, qu’il met à l’honneur, puis déroule le fil de sa vie et du lien avec lui.
« Je suis ici pour me souvenir – de ce que j’ai été et de ce que je ne serai plus. »
« Depuis que Sadie m’a quitté, c’est la présence de Tony vivant qui me manque. »

L’absence des êtres chers est le fil rouge de ces pages. Sa  petite fille Molly sa confidente lointaine, son frère Tony parti trop vite, l’abandonnant à son triste sort.
« Nous deux contre le reste du monde, hein ? Toi et moi. »
Son idole, en totale admiration devant son frère qui fut toujours à ses côtés, son protecteur, son mentor.
« Celui qui m’a formé, m’a guidé, a veillé sur moi, et surtout, m’a appris à jamais renoncer. »

Je suis comme une petite fille, à côté de son grand-père, hissée sur un tabouret de bar, à l’écouter me raconter son histoire….
Sur le visage de Maurice Hannigan, j’ai posé celui de mon grand-père paternel. Cet homme aux pieds duquel nous nous asseyions, petits, qui nous racontait sa vie d’antan, son dur labeur, sa rencontre avec ma grand-mère, ses aventures de jeunesse. Voilà comment j’ai vécu cette lecture, aux côtés d’un grand-père, le mien, la boule au ventre, l’émotion à fleur de peau et les larmes au bord de mes yeux…
Ce fut une lecture très émouvante pour moi…

Anne Griffin, rien que par ce tour de force, vous avez réussi votre pari…

Thanks a lot for this wonderful story !

« J’ai passé la journée à essayer de me racheter pour toutes les fois où j’ai fait disparaître ce sourire du beau visage de ta mère. Pour ce que j’ai pas fait, ou seulement à moitié, et les nombreuses promesses que j’ai pas tenues. »

« Le Paris de la Passion » de Jacky Kooken et Monique Ayoun

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Évidences éditions Électrons libres
Parution le 16/06/2018

Petite porte d’entrée dans le milieu artistique. Tout commence par une histoire d’emprises féminines sur deux hommes. D’abord Pierre avec Irina puis Jacky avec Ludmila. Ces deux déesses de la sensualité vont tout mettre en oeuvre, surtout leur talent de séduction pour amadouer les deux protagonistes. Telles des mantes religieuses, elles n’auront aucun scrupule à abuser de leur naïveté, profiter de leurs situations et surtout de leur argent.
Fous d’amour pour leurs belles, chacun son tour fera la leçon à l’autre. Et pourtant tous deux tomberont dans leur piège, dans leur toile savamment tissée.

Pierre vivra une terrible descente aux enfers, en passant même par la case SDF… Jacky saura, bien malgré lui, mettre un terme à cette relation, non sans éprouver une sensation de manque.

La route de ces deux amis se poursuivra, tant bien que mal, la vie leur réservant encore bien des surprises. Ils ne sont pas au bout de leurs peines ni de leurs découvertes et rencontres.

Lecture sympathique, une déambulation dans le monde de l’art, une histoire sur fin de résilience et d’espoir.

« Il en est de l’amour comme du talent artistique. Tous deux sont un don. Donné, il fleurit ; gardé, il flétrit. »

« Des fleurs dans le vent » de Sonia Ristic

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Éditions Intervalles
Parution le 12/04/2018
Prix Hors Concours 2018

Trois amis. Summer, Jean-Charles (JC) et Alain-Amadou (Douma). C’est leur histoire. Au singulier parce qu’elle est singulière. Ils ont grandi ensemble, dans le même immeuble. Depuis tous petits, comme des triplés, main dans la main, coude à coude.
« Aldina a crié en voyant la créature mêlée emmêlée à trois têtes. Véronique et Françoise ont accouru, chacune attrapant son rejeton et et tentant de le dégager de l’étrange étreinte. »

Une déambulation dans le temps, alternant leurs passés et le temps présent, nous apprend à faire leur connaissance.
Quoiqu’il arrive, ils se sont faits la promesse de toujours être ensemble. Ce bonheur des instants partagés, qui deviendront des souvenirs jamais oubliés.
« Quoi qu’il arrive, on se démerde pour rester toujours ensemble. Promis. Promis. »

Et puis la vie continue, leurs vies s’éloignent quelque peu sans pour autant qu’ils se perdent de vue… mais c’est différent. L’éloignement change leur relation… Leurs sentiments évoluent, l’âge avançant et leur perception des autres diffère.
« Sur la pointe des pieds, l’enfant s’en va. »

La vie les a blessés, a fait d’eux des êtres cabossés, parfois perdus, rendant les attaches plus fébriles, fragilisant les contacts avec leur famille. Mais toujours ensemble, de près ou d’un peu plus loin… Tous les trois.
Chacun son chemin, chacun sa destinée… Ils avancent, chacun avec toujours dans le coeur et la pensée, les deux autres… Ils tombent. Ils se relèvent. Ils rebondissent. Ils s’accrochent.

Je ne veux pas vous en raconter plus sur leurs histoires au risque de déflorer ces jolies rencontres.
Sonia Ristic dessine sur un mur blanc cette formidable fresque amicale, totalement addictive. Comme peinte au pinceau, fin, aux couleurs tantôt tendres tantôt vives… Son titre aurait pu être « Des coeurs dans le vent » parce que rien ne pourra jamais altérer cet amour amical. Cette lecture a semé en moi cette petite graine, portée par leur souffle, qui un jour germera et pour l’instant laisse dans mon esprit son empreinte indélébile et déjà nostalgique… Un veritable coup de foudre !

« On passe son enfance à désirer être un adulte, et le reste de sa vie à idéaliser son enfance. »

« Le chien de Madame Halberstadt » de Stéphane Carlier

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Éditions Le Tripode
Parution le 4/04/2019

Un écrivain, il s’appelle Baptiste. Il a écrit un livre qui ne se vend pas. Il surveille très, même trop, régulièrement ses ventes qui sont toujours au plus bas. Décourageant. Et pour couronner le tout, sa femme le quitte pour refaire sa vie avec un dentiste.
« J’avais écrit un livre que personne ne lisait. »
« La femme avec qui j’avais passé six ans de ma vie avait eu l’idée de me quitter quelques mois plus tôt, alors que je mettais la dernière main à mon livre. »

Ce sentiment d’avoir tout perdu le dévore, il s’enfonce et s’enferme dans son studio, bordélique et peu aéré. Il n’a même plus le courage de s’habiller dignement. Plus rien n’a d’importance. Comme démuni, il se rapproche de sa mère. Jusqu’au jour où sa voisine, Mme Halberstadt sonne à sa porte et lui demande un service : garder son chien, Croquette, pendant son hospitalisation.
Baptiste est sonné, il ne manquait plus que ça ! Ayant du mal à refuser, il accepte. Sans jamais se douter de ce qui l’attend…
« Un écrivain à la ramasse récupère un chien magique et sa vie change du tout au tout. »

Dès que l’animal pénètre dans la vie et le monde de l’écrivain, il chamboule tout. Quel est donc ce pouvoir mystérieux qui agit de la sorte et provoque de tels revirements de situation ? Incrédule, Baptiste assiste, ébahi, à ces changements soudains : son livre remonte dans son classement, il fait des rencontres inopinées. Tout lui sourit et il revient à la vie. Emporté par cette frénésie, il reprend sa plume et se remet à écrire… mais l’inspiration ne revient que par à-coups.
« Je n’étais pas un écrivain. Je m’étais trompé. J’avais pris mon amour des livres pour un talent, confondu lecture et écriture, passe-temps et prédisposition. »

Cependant, il ne lâche rien, sentant bien l’envie le regagner et souhaitant profiter de ce regain de positivité prodigué par Croquette.
« Au moins, j’avais un titre. Il m’était venu dès que je m’étais mis au travail. Tomber sept fois, se relever huit. »

Et puis les liens se tissent entre lui et l’animal. Il s’y attache, ces quelques jours passés ensemble ont été magiques. Mais Mme Halberstadt finit par revenir et récupère son compagnon… mais l’aventure ne s’arrête pas là… Cet animal devient l’objet de bon nombre de convoitises…
« Je crois que je vais demander à ma voisine de me donner son chien. »

Un moment de lecture extraordinaire. Rocambolesque. Touchant et très drôle. Ce duo totalement improbable m’a séduite. Difficile de les quitter en fin de lecture. Baptiste qu’on veut serrer fort dans nos bras, et Croquette à qui on veut faire des papouilles sans modération. Voilà dans quel état m’a laissé ce livre. Beaucoup de tendresse et d’humour, un doux cocktail, le temps d’un instant trop court à mon goût, tant j’ai aimé les accompagner.