« Toute une vie et un soir » de Anne Griffin

toute une vie et un soir pictÉditions Delcourt
Parution le 3 Avril 2019

Accoudé à ce bar, il lève son verre à ceux qui ont jalonné le chemin de sa vie. Au rythme de sa dégustation, il se livre à nous, tels des confessions d’événements et même de secrets enfin dévoilés après tant de temps. Maurice Hannigan. Un Monsieur. Un remarquable conteur.
Il raconte sa dure jeunesse, de l’école qu’il  n’aimait pas, au travail sous la violence des coups. Ses amours… Et puis son amour, sa femme, sa bien aimée.
« A la porte de notre chambre, j’ai vu qu’elle était encore dans le lit, là où je l’avais laissée. J’ai touché sa peau. Au froid, j’ai senti qu’elle était plus là. »

A chaque chapitre, il trinque à l’un des membres de son entourage, qu’il met à l’honneur, puis déroule le fil de sa vie et du lien avec lui.
« Je suis ici pour me souvenir – de ce que j’ai été et de ce que je ne serai plus. »
« Depuis que Sadie m’a quitté, c’est la présence de Tony vivant qui me manque. »

L’absence des êtres chers est le fil rouge de ces pages. Sa  petite fille Molly sa confidente lointaine, son frère Tony parti trop vite, l’abandonnant à son triste sort.
« Nous deux contre le reste du monde, hein ? Toi et moi. »
Son idole, en totale admiration devant son frère qui fut toujours à ses côtés, son protecteur, son mentor.
« Celui qui m’a formé, m’a guidé, a veillé sur moi, et surtout, m’a appris à jamais renoncer. »

Je suis comme une petite fille, à côté de son grand-père, hissée sur un tabouret de bar, à l’écouter me raconter son histoire….
Sur le visage de Maurice Hannigan, j’ai posé celui de mon grand-père paternel. Cet homme aux pieds duquel nous nous asseyions, petits, qui nous racontait sa vie d’antan, son dur labeur, sa rencontre avec ma grand-mère, ses aventures de jeunesse. Voilà comment j’ai vécu cette lecture, aux côtés d’un grand-père, le mien, la boule au ventre, l’émotion à fleur de peau et les larmes au bord de mes yeux…
Ce fut une lecture très émouvante pour moi…

Anne Griffin, rien que par ce tour de force, vous avez réussi votre pari…

Thanks a lot for this wonderful story !

« J’ai passé la journée à essayer de me racheter pour toutes les fois où j’ai fait disparaître ce sourire du beau visage de ta mère. Pour ce que j’ai pas fait, ou seulement à moitié, et les nombreuses promesses que j’ai pas tenues. »

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« Le Paris de la Passion » de Jacky Kooken et Monique Ayoun

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Évidences éditions Électrons libres
Parution le 16/06/2018

Petite porte d’entrée dans le milieu artistique. Tout commence par une histoire d’emprises féminines sur deux hommes. D’abord Pierre avec Irina puis Jacky avec Ludmila. Ces deux déesses de la sensualité vont tout mettre en oeuvre, surtout leur talent de séduction pour amadouer les deux protagonistes. Telles des mantes religieuses, elles n’auront aucun scrupule à abuser de leur naïveté, profiter de leurs situations et surtout de leur argent.
Fous d’amour pour leurs belles, chacun son tour fera la leçon à l’autre. Et pourtant tous deux tomberont dans leur piège, dans leur toile savamment tissée.

Pierre vivra une terrible descente aux enfers, en passant même par la case SDF… Jacky saura, bien malgré lui, mettre un terme à cette relation, non sans éprouver une sensation de manque.

La route de ces deux amis se poursuivra, tant bien que mal, la vie leur réservant encore bien des surprises. Ils ne sont pas au bout de leurs peines ni de leurs découvertes et rencontres.

Lecture sympathique, une déambulation dans le monde de l’art, une histoire sur fin de résilience et d’espoir.

« Il en est de l’amour comme du talent artistique. Tous deux sont un don. Donné, il fleurit ; gardé, il flétrit. »

« Des fleurs dans le vent » de Sonia Ristic

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Éditions Intervalles
Parution le 12/04/2018
Prix Hors Concours 2018

Trois amis. Summer, Jean-Charles (JC) et Alain-Amadou (Douma). C’est leur histoire. Au singulier parce qu’elle est singulière. Ils ont grandi ensemble, dans le même immeuble. Depuis tous petits, comme des triplés, main dans la main, coude à coude.
« Aldina a crié en voyant la créature mêlée emmêlée à trois têtes. Véronique et Françoise ont accouru, chacune attrapant son rejeton et et tentant de le dégager de l’étrange étreinte. »

Une déambulation dans le temps, alternant leurs passés et le temps présent, nous apprend à faire leur connaissance.
Quoiqu’il arrive, ils se sont faits la promesse de toujours être ensemble. Ce bonheur des instants partagés, qui deviendront des souvenirs jamais oubliés.
« Quoi qu’il arrive, on se démerde pour rester toujours ensemble. Promis. Promis. »

Et puis la vie continue, leurs vies s’éloignent quelque peu sans pour autant qu’ils se perdent de vue… mais c’est différent. L’éloignement change leur relation… Leurs sentiments évoluent, l’âge avançant et leur perception des autres diffère.
« Sur la pointe des pieds, l’enfant s’en va. »

La vie les a blessés, a fait d’eux des êtres cabossés, parfois perdus, rendant les attaches plus fébriles, fragilisant les contacts avec leur famille. Mais toujours ensemble, de près ou d’un peu plus loin… Tous les trois.
Chacun son chemin, chacun sa destinée… Ils avancent, chacun avec toujours dans le coeur et la pensée, les deux autres… Ils tombent. Ils se relèvent. Ils rebondissent. Ils s’accrochent.

Je ne veux pas vous en raconter plus sur leurs histoires au risque de déflorer ces jolies rencontres.
Sonia Ristic dessine sur un mur blanc cette formidable fresque amicale, totalement addictive. Comme peinte au pinceau, fin, aux couleurs tantôt tendres tantôt vives… Son titre aurait pu être « Des coeurs dans le vent » parce que rien ne pourra jamais altérer cet amour amical. Cette lecture a semé en moi cette petite graine, portée par leur souffle, qui un jour germera et pour l’instant laisse dans mon esprit son empreinte indélébile et déjà nostalgique… Un veritable coup de foudre !

« On passe son enfance à désirer être un adulte, et le reste de sa vie à idéaliser son enfance. »

« Le chien de Madame Halberstadt » de Stéphane Carlier

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Éditions Le Tripode
Parution le 4/04/2019

Un écrivain, il s’appelle Baptiste. Il a écrit un livre qui ne se vend pas. Il surveille très, même trop, régulièrement ses ventes qui sont toujours au plus bas. Décourageant. Et pour couronner le tout, sa femme le quitte pour refaire sa vie avec un dentiste.
« J’avais écrit un livre que personne ne lisait. »
« La femme avec qui j’avais passé six ans de ma vie avait eu l’idée de me quitter quelques mois plus tôt, alors que je mettais la dernière main à mon livre. »

Ce sentiment d’avoir tout perdu le dévore, il s’enfonce et s’enferme dans son studio, bordélique et peu aéré. Il n’a même plus le courage de s’habiller dignement. Plus rien n’a d’importance. Comme démuni, il se rapproche de sa mère. Jusqu’au jour où sa voisine, Mme Halberstadt sonne à sa porte et lui demande un service : garder son chien, Croquette, pendant son hospitalisation.
Baptiste est sonné, il ne manquait plus que ça ! Ayant du mal à refuser, il accepte. Sans jamais se douter de ce qui l’attend…
« Un écrivain à la ramasse récupère un chien magique et sa vie change du tout au tout. »

Dès que l’animal pénètre dans la vie et le monde de l’écrivain, il chamboule tout. Quel est donc ce pouvoir mystérieux qui agit de la sorte et provoque de tels revirements de situation ? Incrédule, Baptiste assiste, ébahi, à ces changements soudains : son livre remonte dans son classement, il fait des rencontres inopinées. Tout lui sourit et il revient à la vie. Emporté par cette frénésie, il reprend sa plume et se remet à écrire… mais l’inspiration ne revient que par à-coups.
« Je n’étais pas un écrivain. Je m’étais trompé. J’avais pris mon amour des livres pour un talent, confondu lecture et écriture, passe-temps et prédisposition. »

Cependant, il ne lâche rien, sentant bien l’envie le regagner et souhaitant profiter de ce regain de positivité prodigué par Croquette.
« Au moins, j’avais un titre. Il m’était venu dès que je m’étais mis au travail. Tomber sept fois, se relever huit. »

Et puis les liens se tissent entre lui et l’animal. Il s’y attache, ces quelques jours passés ensemble ont été magiques. Mais Mme Halberstadt finit par revenir et récupère son compagnon… mais l’aventure ne s’arrête pas là… Cet animal devient l’objet de bon nombre de convoitises…
« Je crois que je vais demander à ma voisine de me donner son chien. »

Un moment de lecture extraordinaire. Rocambolesque. Touchant et très drôle. Ce duo totalement improbable m’a séduite. Difficile de les quitter en fin de lecture. Baptiste qu’on veut serrer fort dans nos bras, et Croquette à qui on veut faire des papouilles sans modération. Voilà dans quel état m’a laissé ce livre. Beaucoup de tendresse et d’humour, un doux cocktail, le temps d’un instant trop court à mon goût, tant j’ai aimé les accompagner.

« Une irrésistible envie de fleurir » de Christine Michaud

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Les mots de l’auteure : Rencontre avec Christine Michaud chez Babélio – 26 Avril 2019

Éditions Eyrolles
Parution le 25/04/2019

« Christian Bobin : « Ce matin, un petit oiseau est venu se poser sur le bord de ma fenêtre. Il est reparti. Jamais il ne saura combien il m’a fait plaisir. » »

Un roman pas comme les autres. Il y mêle développement personnel et histoire initiatique de son personnage centrale, Juliette. Sa vie est complète, elle a tout pour être bien et heureuse. Un travail qu’elle apprecie, un chéri qu’elle aime… Et puis, il suffit d’un rien pour que tout bascule. Elle perd son emploi, son compagnon la quitte. Et petit à petit, Juliette perd pied à son tour.

Son niveau de confiance en elle est en chute libre, elle ne sait plus où elle en est. Juliette trouve alors un certain réconfort auprès des livres et s’enivre de lecture.
« Les mots sont les passants mystérieux de lames. Victor Hugo. »

Cependant, elle n’a d’autre choix que de se ressaisir pour se retrouver. Mais comment faire ? Où aller ?
« Pas facile de savoir où aller lorsque l’on ignore d’où l’on vient. Je me souviens m’être réfugiée dans les livres. La lecture me sert d’antidote à la déprime. »

Elle se lance alors dans un voyage, sur un chemin initiatique et très spirituel, qui la mènera au Mont-St-Michel, Lisieux et Chartres. Ou comment tenter de retrouver la force et se ressourcer.
« Pour voyager heureux, voyagez léger. Antoine de Saint-Exupéry. »

Pendant cette aventure personnelle, Juliette fera la connaissance de nombreuses personnes qui joueront un rôle important dans sa quête et reconstruction. Gabriel, son fidèle correspondant, Pierre et François, les bretons du Manoir Du Tertre… Grâce à eux, Juliette reviendra petit à petit à elle et prendra une nouvelle destination.
« Une irrésistible envie de fleurir. J’ai grandement besoin d’un nouveau terreau fertile et de beaucoup de lumière. En me glissant sous l’arche, je formule ce vœu : que je fleurisse dans l’amour et la lumière. »

Et puis, son épopée la guidera un beau jour jusqu’à Sainte-Pétronille, sur l’île d’Orléans, où Marie-Luce et Adélaïde seront ses fées bienfaitrices. Adélaïde ! Quel personnage ! A sept ans, cette petite fille paraît inhumaine. Comme un sage, très lumineuse, une vieille âme dans un corps d’enfant. Comme une idéologie, une image inaccessible.
Juliette tombera en amour pour ce village, ses habitants, ses lieux emblématiques, comme cette librairie…
« La boutique de mots qui font fleurir. Parce que, comme je la prends, dans cette boutique, il y a les livres que l’on vend et ceux que l’on donne. Il y a les oeuvres que l’on choisit et celles qui nous trouvent. En mettant le pied dans ce commerce singulier, nous entrons dans une danse livresque nécessaire à notre évolution. À la boutique, les livres bénéficient d’une deuxième vie (et peut-être davantage !) parce que sa propriétaire les offre à ceux et à celles qui semblent en avoir besoin. »

A travers ces personnages, beaucoup d’enseignements sont transmis, donnant des pistes de réflexions et d’actions.
« La méthode PERMA. Chaque lettre de l’acronyme fait référence à un élément de la vie heureuse. Il y a d’abord les émotions Positives, puis l’Engagement, les Relations, le sens(Meaning en anglais) et l’Accomplissement. »

Parmi ces concepts nombreux et très instructifs, il y a aussi celui-ci : « À quoi cela sert-il de posséder de belles choses si on leur interdit de remplir leur mission ? On les garde pour faire joli ? Pour remplir un certain vide ? »
Vivre, utiliser les choses, en profiter.

« Et si l’épanouissement d’une seule fleur pouvait raviver tout un jardin ? »

C’est ainsi que Juliette retrouvera son chemin, se recentrera sur sa personne, se surprendra parfois elle-même.
« La vie est une fleur dont l’amour est le miel. Victor Hugo. »

Un très joli roman riche d’enseignements, de jolies choses, de belles personnes, à l’image de son auteure.
Christine Michaud, votre livre est comme une grappe de lilas : elle pousse, ses feuilles apparaissent, les fleurs font leur apparition puis s’ouvrent pour libérer leur parfum enivrant. Merci pour ce doux moment de lecture et notre sublime rencontre.

« Cultivez toujours cette irrésistible envie de fleurir ! Il ne suffit pas d’exister, il faut apprendre à devenir pleinement vivant. C’est de cette façon que l’être humain s’épanouit et s’accomplit. Il fleurit ! Et il n’est jamais trop tard pour bien faire. »

« Trois jours à Berlin » de Christine De Mazières

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Éditions Sabine Wespieser
Parution le 07/03/2019
Coup de coeur des lectrices Femina Mai 2019

Je me souviens très précisément de ce soir, historique, dont ma jeunesse ne me permettait pas de me rendre compte de l’ampleur de ce qui se passait sous nos yeux. En direct. Le jour de la chute du mur de Berlin. Nous étions en famille, agglutinés tous les quatre sur notre canapé, à des kilomètres de ce lieu où se jouait, là, le chamboulement de ces nombreuses vies.
« D’habitude, j’évite les abords du mur et de tout ce qui rappelle que je ne pourrai jamais y aller, de l’autre côté. Pourtant, j’avais cru y arriver, une autre nuit. »

Un peuple en mouvement, secouant et brisant les chaînes qui les ont trop longtemps divisés.
« Miradors, barbelés, le mur les toise. Le mur est une scie qui déchire la chair. »

« Ici, à la frontière, à la place du Peuple résigné et soumis de la RDA, se tiennent des personnes qui clament leur désir de liberté. Ils sont venus fuir un pays muselé et ils rencontrent un peuple en train de secouer ses chaînes. Une onde de joie illumine les visages et allume de minuscules étincelles dans les regards. »
Ce court roman retrace les trois jours passés à Berlin, par plusieurs personnages donnant ainsi l’angle de vue de chacun d’eux. Et Anna en est le centre. La pièce commune à tous.
On vit cet événement, on y est, dans la foule qui se masse devant ce mur, d’abord dans le calme, pacifique. Parce qu’on leur a promis l’ouverture. La libération. L’unification. Une promesse qu’ils attendent d’être tenue. Depuis si longtemps.
« Ils ont annoncé qu’ils vont ouvrir le mur, comme ça, tout à coup, c’est incroyable, quel espoir ! Allez-y donc, Fraulein, et revenez nous raconter. »

A travers ces pages, on assiste à leur stupéfaction, ils sont comme subjugués par ce qui est en train de se produire.
« La RDA leur promettait l’Égalité, ils voulaient la Liberté, ils trouvent la fraternité. »

Et leur sidération devient la nôtre, nous lecteurs, en plein coeur de ce roman bref et puissant, tranchant et bouleversant. On se sent faible devant une telle force, ce cri d’un peuple, son espoir.
Un très grand coup de coeur !

« Quand la vie tourne au ralenti comme dans une salle d’attente, quand les hommes finissent par se taire par dégoût du mensonge, lire est un refuge. »

« Toutes ces heures passées à oublier l’Etat des ouvriers et des paysans en lisant, toutes ces heures à s’évader par l’imagination. Dans nul autre pays au monde, on ne lit autant. La République démocratique allemande a mérité le surnom de LeseLand, pays de lecteurs. »

« Le chien de Schrodinger » de Martin Dumont

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Editions Delcourt littérature
Parution le 11/04/2018

Comme il est difficile de poser des mots, sur leurs maux à eux, les maux d’un fils qui souffre et se bat, les maux d’un père qui aime et mène un combat pour lui, le soutenir, au péril de la confiance… Lorsqu’on est atteint, en plein cœur, par un livre qu’on a littéralement dévoré, comme sous emprise sans pouvoir le lâcher, qu’on est happé par la passion qui les unit, comment trouver le ton juste pour exprimer les sentiments et les émotions provoqués ?
Donner envie aux autres lecteurs, à beaucoup d’autres lecteurs, de découvrir cette merveille d’amour, cette histoire pourtant si simple et si troublante à la fois ?

Au détour des premières pages, apparait un nom, qui me parle…
« Quand j’ai sonné chez Mme Alves, il faisait nuit. Elle m’a ouvert. J’ai d’abord vu le soulagement sur son visage. »
La complicité et l’amour d’un père pour son fils, savoir prendre soin de l’autre, être là, à ses côtés, partager ses précieux moments qui laissent des souvenirs puissants et ineffaçables. La magie d’un instant, d’un échange, d’un regard, suspendre la course folle du temps qui passe, de l’âge qui avance et métamorphose nos sentiments.

« Trois jours ensemble, tous les deux, avec la mer autour. Le temps file et ces moments sont rares. Je sais bien que c’est l’âge. Les fils grandissent en s’éloignant des pères ; c’est dans l’ordre des choses. »
Il suffit de quelques secondes, d’une rude nouvelle pour faire basculer la vie. La vie. Elle, qui est composée de belles choses comme des plus difficiles, savoir y faire face, se rendre compte que l’infiniment simple est si beau et qu’il faut la savourer et y prêter attention.
« La violence du choc. Je ne réalisais pas. Ou alors si, je le savais déjà. Oui, c’est cela. Un spectre diffus, un souffle glacé. Une vérité qui me suivait partout. Elle était là, tapie derrière moi, cachée dans mon ombre. Je venais juste de me retourner pour la regarder en face. »

J’aime beaucoup cet extrait : « Au fond, c’est vrai qu’on ne devrait jamais attendre. Toutes ces choses que l’on préserve ; c’est un coup à mourir sans en profiter. » Parce qu’il est très vrai. Nous avons tous un tailleur, une robe ou un costume que l’on garde pour les occasions, les fêtes, mais chaque jour ne serait-il pas déjà une occasion exceptionnelle ? Prendre le risque de partir et tout laisser…

Faire du rêve de son fils une réalité, lui raconter ce qu’il aurait pu être, lui fabriquer cet avenir… qui aurait été le sien ?
« La première fois, je suis entré par hasard. D’ordinaire, je n’allais jamais dans les librairies. […] Je voulais savoir à quoi ça pouvait ressembler, les rêves de mon fils. Il y avait des bouquins partout. Le silence, c’était impressionnant – religieux, presque. […] Les livres étaient en pile. […] Toutes ces pages, et les siennes au milieu. Pierre Marès. Coincé quelque part entre les grands. Ca avait quand même de la gueule. »
Exaucer son voeu, faire de ce rêve une réalité… Pour le garder, encore un peu, le maintenir, comme si l’espoir pouvait faire vivre…

Poignant. Percutant. D’une puissance incroyable. Je suis encore parcourue de frissons plusieurs semaines après sa lecture. Immense coup de coeur décerné à Mr Martin Dumont !