« Mon ombre assassine » de Estelle Tharreau

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Éditions Taurnada
Parution le 17/01/2019

C’est du fond de sa prison qu’elle nous livre ses confessions. Nadège Solignac.
« Je suis dans cette cellule en attendant de savoir ce que le destin a prévu pour moi. Non que je sois inquiète, il m’a trop souvent éprouvée pour que j’aie encore peur de lui. Je suis confiante : ils ne trouveront rien, car, mis à part cette erreur, j’ai toujours veillé à ne jamais semer de petits cailloux sur mon chemin. J’attends simplement que les juges ne se trompent pas sur la qualification de ce qu’on me reproche : ce que je vais faire de mon temps en dépend. »

Et c’est du fond de cette même cellule qu’elle nous raconte sa vie. De sa non tendre enfance à aujourd’hui. Ses souffrances. L’absence d’amour et de bienveillance dont elle a été victime pendant tant d’années. L’ignorance la plus absolue dont sa famille, ses proches, ont fait preuve vis-à-vis d’elle. Un chemin semé d’embûches, qu’elle s’est efforcée de suivre, à sa manière… en se forgeant la personnalité de celle qu’elle deviendra, que vous allez découvrir en faisant sa connaissance. A la naissance de sa petite soeur, que la vie n’épargne pas en lui infligeant un très lourd handicap, Nadège s’enfonce encore, chaque jour un peu plus.
« J’ai 8 ans et ma mère vient de mourir. »

Vivant à l’écart des siens, sous le même toit mais loin d’eux, il n’y a pas d’attache. Rien. Son père est-il vraiment son père ? Sa soeur, qui sera appelée « le monstre » n’aura pas plus sa place au sein de ce qu’il est difficile de nommer cette famille. Elle a bien un frère, aux abonnés absents, lui aussi.
« Affolé de devoir assurer la garde du monstre, mon père la plaça en moins d’une semaine dans une institution. »

Nadège joue un rôle. Le rôle de son propre personnage. Celui qu’elle bâtira de toute pièce, qui fera d’elle ce que les autres voudront qu’elle soit. Se fondre dans le décor. Passer inaperçu.
« Pendant 4 ans, j’ai construit cet être cohérent sans que rien vienne m’arrêter. »

Tout est savamment préparé. Les disparitions, les morts vont se suivre sans jamais se ressembler. Quiconque se met en travers de son chemin, aucune hésitation ne l’empêche de passer à l’acte. Elle ne laisse rien au hasard… ou peut-être pas… Un jour une faille ?
« Derrière le visage angélique et l’image de femme dévouée, pourrait se cacher l’une des pire tueuses en série que la France ait connues. »

Personne ne peut douter d’elle. Personne ne peut imaginer l’impensable. Des accidents. Les uns après les autres. Une maîtresse si gentille et si dévouée, que les enfants et parents adulent sans concession.
« Vous devrez vivre avec mon ombre assassine pouvant vous frôler à chaque instant au détour d’un regard, d’un geste anodin ou d’une parole amicale. »

Elle s’est fixée comme une mission. Destructrice. Mais qui pour elle, a un sens réparateur.
« Je dois contribuer à soulager le monde de ces femmes trop faibles, trop dégénérées pour vivre. Pour les empêcher d’enfanter et de perpétuer leur tares tout comme ma mère avait engendré mon frère et ma sœur. Mon passé allait revivre sans fin dans un cycle purificateur. »

« La vie n’est qu’effort et exigence envers soi-même. Dans le crime plus encore qu’ailleurs. »

Estelle Tharreau, vous m’avez piégée. Mi ange mi démon, Nadège Solignac est diabolique. Mais aussi incroyable que cela puisse paraître, au fur et à mesure, au fil des pages en découvrant son histoire, je suis presque arrivée au point de trouver une explication à son comportement, la comprendre… Et c’est là que vous avez divinement bien orchestré votre oeuvre, Estelle Tharreau. Sidérant. Un gros coup de coeur glaçant !

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« Organigramme » de Jacques Pons

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Éditions Hugo Thriller
Parution le 20/09/18
Coup de coeur RTL 2018

« Voilà. Nous y sommes. Ils n’ont, pour la plupart, plus la force de crier. Les plus résistants trouvent encore la ressource pour gémir. Je les hais. Je les plains mais je les hais. Je ne les connais pas tous. Il y en a même que je n’avais jamais vu auparavant. Tant pis. Il est trop tard pour renoncer. Ils paieront pour les autres, et comme les autres. »

Ça commence comme ça… Ce n’est que le début de la déambulation dans cette entreprise. Vous allez badger, passer les portes automatiques et dès les premières pages vous serez pris en otage dans l’ascenseur de cette histoire diabolique.
Celle d’un forcené qui a décidé de nous entraîner dans sa démence. Sa vengeance. Sa revanche. Son but : anéantir sa hiérarchie, les faire tomber les uns après les autres comme un coup de vent, lent, sur un château de cartes.

« Quelqu’un qui est en train de tisser une toile. Je ne sais pas comment, je ne sais pas pourquoi, je ne sais pas si ça va continuer, ni comment ça va continuer, mais j’ai un mauvais feeling. Ça pue le ressentiment et la vengeance à plein nez… »

Il va tout planifier. Monter pièce par pièce tel un puzzle cette machination pour atteindre et anéantir le plus grand nombre. Tout sera prétexte pour alimenter sa faim de destruction, sa diffusion de la peur, son pouvoir de manipulation.

« L’organigramme de la cité semblait contre toute attente plus malléable. »

Hors les murs de cet empire, l’univers de la banlieue fera partie du tableau. Car quand l’une des victimes se voit dos au mur, et quand le danger la guette, elle se retourne sur son passé et l’appelle au secours.

Il jouera avec eux et en fera ses pantins, il tiendra les ficelles auxquelles ils n’auront d’autres choix que d’obéir. Vous les passerez tous au scanner, du haut de la hiérarchie au plus bas de l’échelle. Mais n’y comptez pas ! Seule la fin délivrera son secret.

« Tu me balances tout. Les planques, les habitudes, les fournisseurs, les rôles, tout l’organigramme… »

Mais la manipulation et le chantage sont finalement partout. Tout s’échange. Tout se négocie.

« L’organigramme. La hiérarchie. Le secret. Le dessein qui les dépasse mais qu’ils servent avec ardeur, soldats misérables d’une armée qui tourne en rond, trop occupée à contempler sa propre splendeur pour prendre conscience de sa décadente vanité. »

« Les colombes s’envolent. Les corps tombent. »

Absolument machiavélique. Jacques Pons, je vous inscrit sur ma liste des maîtres du thriller. Mais où allez-vous chercher ces idées ? Que glissent les auteurs entre les pages de leurs livres ? Ce livre est démoniaque ! Ce livre est une tuerie…. dans tous les sens du terme ! Une bombe…

« La fille oubliée » de David Bell

Éditions Actes Sud – Actes Noirs
Parution le 07/11/2018

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Lorsque ce coup de sonnette retentit, Jason est bien loin d’imaginer ce qui l’attend. Depuis tant d’années qu’il ne l’a pas vue, à sa porte, Hayden, sa soeur.
Par le passé, elle a traversé des périodes  compliquées, où les multiples addictions tenaient une place importante. Hayden était comme paumée, désoeuvrée, plus aucun repère ne lui donnait les limites à ne pas dépasser. Et puis le temps a fait son oeuvre, l’a apparemment assagie.
Pour pouvoir avoir « le temps de régler une affaire », Hayden demande à Jason et son épouse Nora de garder sa fille adolescente, Sierra, pendant quarante huit heures.
Alors qu’Hayden, part pour sa mystérieuse mission et quitte les lieux, Sierra quant à elle, s’y installe. Des liens se tissent entre la jeune fille et le couple ; Jason et Nora mettent tout en oeuvre pour que Sierra se sente bien. Mais très rapidement, cette dernière va s’inquiéter de l’absence inexpliquée de sa mère, sans aucune nouvelle donnée.
Le passé va très vite se mêler au présent. En deroulant le fil des évènements d’antan, cette quête de la vérité va faire ressurgir de vieux fantômes, d’anciennes histoires de plus de 25 ans. Jusqu’à une découverte, qui propulsera Jason, dans sa jeunesse, un tristement fameux soir, où tout a basculé… où Logan, son meilleur ami d’alors, disparaît…
Au-delà de l’enquête, du thriller polarisé et psychologique de ce roman noir, les relations familiales sont au coeur de cette histoire, sur lesquelles pèse un voile opaque…
Une histoire comme une pelote de laine, dans laquelle les secrets emprisonnés commencent à voir le jour au fur et à mesure de l’histoire tricotée. Maille après maille, David Bell joue avec nos nerfs, s’empare de notre curiosité, aiguise notre appétit par son suspens remarquable. Une lecture prenante, passionnante qu’il vous sera difficile de lâcher…. jusqu’aux derniers mots.

« Baby Doll » de Hollie Overton

Éditions Mazarine – Thriller
Parution le 02/05/2018

Lecture commune avec la blogueuse https://lirelanuitoupas.wordpress.com/

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Avis aux grands curieux comme moi ! Deux solutions s’offrent à vous. Soit vous vous installez dans votre canapé avec, à portée de main, à boire et à manger. Soit vous prévoyez une perfusion pour pouvoir vous alimenter le temps de cette lecture que vous ne pourrez plus lâcher.
Sa fuite m’a emprisonnée dans les pages de son histoire. Pendant 3110 jours de captivité, Lily a vécu l’enfer. Entre les griffes de son bourreau. De ce monstre qui la prenait pour son objet. Sa poupée. Sa « Baby Doll ».

« Mais quand il a croisé son regard, il avait compris que c’était bien Lily. C’était SA chose. »

Nombreux et répétitifs furent les sévices mentaux, sexuelles et physiques que Rick Hanson infligea à Lily. Pendant ses huit longues années. Il lui a tout volé : sa jeunesse, sa famille, sa vie… Elle traversera même une phase dite de dressage, comme s’il s’agissait d’un animal, pendant laquelle Rick tentera de la transformer pour qu’elle réponde toujours plus à ses exigences.

« Les pleurs sont l’arme des faibles. C’est ce que prêchait toujours Rick. »

Mais lorsque la jolie frimousse de Sky, sa petite fille, pointe le bout de son nez, Lily fera tout pour la protéger… jusqu’à accepter de subir le pire, pour atténuer la folie de celui qui dit l’aimer… Sa petite fille sera sa raison de vivre, sa béquille, son combat.
Il a suffit d’une seule erreur d’inattention pour que tout bascule. Que Lily puisse s’enfuir, Sky à bout de bras, toutes deux à bout de souffle, dans le froid. Ne pas lâcher. Foncer… droit vers leur liberté. Retrouver les siens, réapparaître dans leurs vies, après tout ce temps passé, ne fut pas chose aisée. Tous ont été meurtris par sa disparition : sa soeur jumelle Abby, qui a traversé des périodes difficiles, ses parents, Wes son premier amour…
Comment va-t-elle gérer son retour ? Trouver la force de guérir de ces types de blessures ? Retrouver sa place, après tant de souffrances et ce temps d’absence ?
Hollie Overton tisse ce premier roman autour de la reconstruction de Lily. Un exemple de résilience et de courage, une rage de revivre, une volonté bien ancrée. Une lecture intense, au rythme soutenu, à laquelle on adhère dès les premiers mots.
J’ai été conquise, embrigadée. L’histoire de Lily m’a capturée, envoûtée. A chaque chapitre, Hollie Overton nous donne soif, d’en savoir plus, un niveau de suspens insoutenable…
Alors je dis Oui… Un coup de coeur !!

« Ne le laisse plus te priver d’une seule chose, ma Lily. Tu m’entends ? Plus une seule. »

« Comme ton ombre » de Elizabeth Haynes

Imaginez qu’avant de pouvoir rentrer chez vous, vous soyez obligé de faire le tour du bâtiment afin de vérifier que tout est normal.

 Imaginez qu’une fois dans le hall de votre immeuble, vous deviez vous assurer six fois que la porte d’entrée est bien fermée. Un, deux, trois, quatre, cinq, six. Et que si vous êtes interrompu en plein rituel, il faille tout recommencer.

 Imaginez que, arrivé dans votre appartement, vous tourniez la poignée de votre porte six fois dans un sens, puis six fois dans l’autre pour vous sentir en sécurité. Que vous restiez plusieurs minutes derrière la porte, à l’affût du moindre bruit dans la cage d’escalier. Et que, tous ces contrôles effectués, vous commenciez une ronde chez vous. Fenêtres, rideaux, tiroirs, tout doit passer au crible de votre attention.

 Imaginez aussi que vous ne puissiez faire les courses que les jours pairs et pratiquer un sport les jours impairs, mais à condition que le ciel soit nuageux ou qu’il pleuve.

 Bienvenue dans l’univers paranoïaque de Cathy, une jeune Anglaise à qui la vie souriait jusqu’à ce qu’un soir elle fasse une mauvaise rencontre…

Cathy était une bonne vivante, elle aimait sortir, profiter de la vie et de ses amis… Jusqu’au jour où elle le rencontre… Lee. Au début tout se passe bien jusqu’au moment où il se révèle, où elle le découvre… Elle va subir des horreurs, un véritable calvaire… qui laisseront des séquelles, auront des conséquences sur sa vie… Cathy nous raconte son histoire…

Ce thriller psychologique est un tourbillon, comme des sables mouvants, on y met un pied, il nous engloutit. Angoissant, son suspens nous tient en haleine « non stop » tout au long de ses 459 pages. Écriture simple et agréable. Belle découverte.

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« Hortense » de Jacques Expert

Ce n’est pas de l’amour, c’est de la passion, une adoration que Sophie voue à sa fille Hortense. Charnelle. Fusionnelle. Cette enfant est le fruit de cette relation extraordinaire que Sophie a eu avec Sylvain, le bel homme et mari que toutes convoitaient mais qu’elle seule a acquis. Comme il est étonnant qu’il l’ait choisie elle, voilà ce que tout le monde pense tout bas. De cet amour est née une petite fille, qui fait fuir Sylvain. Il les abandonne toutes les 2. Mais la petite princesse sera aimée, choyée et gâtée par sa chère mère. Jusqu’au jour où tout bascule, à l’âge de 2 ans et demi, son père l’emmène, l’arrache à son foyer maternel, et disparaît avec elle.
Plus de 22 ans après, d’attente, de recherches, d’attente, d’espoir et de désespoir, de réconfort auprès de son amie Isabelle, Sophie croise, un beau jour, une jeune femme dans la rue… Le choc est immédiat, elle en est certaine, c’est elle, c’est son Hortense. Elle se lie d’amitié avec elle, celle qui répond maintenant au prénom d’Emmanuelle. Une confiance et une complicité s’instaurent entre elles… Au fil du temps… Mais lorsque les limites sont atteintes, Emmanuelle commence à se poser beaucoup de questions ; elle cherche à savoir qui est Sophie, elle découvre son histoire de victime du kidnapping de sa fille… Et la méfiance s’installe, parfois même jusqu’à la peur… Sophie n’a qu’un seul objectif, tout raconter à « Hortense », qui elle a envie de comprendre, de découvrir enfin la vérité. Mais jusqu’où ira la vérité ? Laquelle sera livrée ?
Mr Jacques Expert vous portez très bien votre nom ! Vous êtes un expert, en matière de conteur d’histoire. Vous avez l’art et la manière de mener le lecteur « par le bout du nez » sur le chemin que vous avez décidé de lui faire suivre. Vous êtes un chef d’orchestre, qui, pour le bouquet final, arrête net ses musiciens et laisse son auditoire en apnée. J’ai été bluffée, scotchée par la révélation totalement inattendue. Voilà qui produirait un bon film… Joli coup de plume, Maître !

« Hortense » est une lecture commune, lue en duo avec Nath Bertrand : http://nathdelaude.canalblog.com/archives/2017/07/02/35439145.html

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« La fille du train » de Paula Hawkins

Rachel est une « usagère » comme une autre : elle emprunte tous les jours le train de sa banlieue pour rejoindre Londres, banlieue londonienne où elle vit dans un appartement qu’elle partage en colocation avec Cathy.
Pendant ses voyages quotidiens, l’ennui la gagne et elle se met donc à regarder par la fenêtre… Et plus particulièrement lors d’un arrêt à un feu où elle observe une maison. Habitée par un couple, qu’elle appellera Jess et Jason, aux semblants heureux, chaque jour, Rachel les découvre un peu mieux. Elle ne peut plus détourner le regard de ce lieu à chacun de ses passages. Lorsqu’un beau jour, elle aperçoit la femme en compagnie d’un autre homme. Serait-ce un amant ? Sa curiosité la pique au vif… Mais qui est-il ? Par la suite, la voici devant le journal affichant la photo de ladite Jess (qui s’appelle en réalité Megan), portée disparue…
Rachel décide alors de se lancer, de mener l’enquête, comprendre ce qui s’est passé. Mais c’est sans compter sur la remontée à la surface de son passé, de sa propre rupture avec son ex-mari Tom qui l’a trompée, de souvenirs qu’elle a perdu et qu’elle aimerait retrouver….
Rachel a été bouleversée par sa vie passée. Trop de choses l’encombrent, elle trouve son refuge dans l’alcool, elle a toujours du mal à accepter que son ex vive aujourd’hui dans leur maison avec sa « remplaçante ». Rachel présente, à première vue, des troubles psychologiques, assez sévères, que l’on finit par comprendre au fil de la lecture.
Le début de ce thriller laisse ressentir un sentiment d’ennui, on se cherche, on la cherche, on essaie de la suivre dans son train-train quotidien. Mais peut-être est-ce une atmosphère volontairement installée par l’auteur pour nous faire partager ce même ennui que connaît Rachel. Et au fil de l’avancée de l’histoire, Paula Hawkins nous met sur les rails pour nous conduire à la découverte de ses personnages, à chacun son chapitre. Et puis, là, un déclic, une phrase, quelques mots, et le tour est joué, vous tombez dans sa spirale, le train ne s’arrête plus, il a pris sa cadence à grande vitesse et vous ne pouvez plus ralentir. Malgré ce petit passage à vide du tout début, on est très rapidement embrigadé, sans répit.
Hâte de découvrir l’adaptation cinématographique.

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