« Rien n’est noir » de Claire Berest

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Éditions Stock
Parution le 21/08/2019

Sélection Prix des Lectrices Elle 2020

La connaître de renom est une chose, la découvrir en est une autre. Grâce à ce roman de Claire Berest, j’ai fait la connaissance de Frida Kahlo. J’ai découvert son histoire, ses souffrances, les difficultés auxquelles elle était  confrontée pour exercer son talent artistique.
« Alors elle commande à son père des pinceaux, des couleurs, un chevalet et de la toile. Et, d’un coup, elle se met à peindre la réalité. »

Son corps est sa prison, la peinture et son art sont son exutoire. Victime de cet accident qui l’a plongée dans d’atroces douleurs, de  nombreuses cicatrices ont marqué sa peau, sa chair, ses os.
« Elle peint pour s’abriter. Pour ne pas être seule. »

Au-delà de cette figure et ce qu’elle représente, c’est une femme. Un coeur qui bat et qui bat encore plus fort lorsqu’elle croisera la route du grand Diego Rivera. Mais rien n’est dû au hasard. Car cette rencontre elle l’a toujours espérée, un peu comme si elle avait déjà cette certitude qu’un jour elle arriverait. Il est son idole comme pour beaucoup d’autres. Déjà étudiante elle l’observait en cachette.

Sa vie change, tout bascule. Elle se livre, elle se raconte, Diego devient cette épaule qu’elle n’a plus eu pendant longtemps. Ils se marient. Deux artistes peintres en fusion. Une relation pour le moins libre, d’un homme à femmes, avec celle qui ne se laissera pas anéantir. Tout en vue sans suspens ni cachotterie.

Une belle palette de couleurs, un éventail d’émotions, le roman du tout est possible, une dimension de découverte et d’ouverture sur l’art, suscitant ma curiosité à en apprendre encore davantage sur Frida Kahlo et son oeuvre. Ce livre et sa protagoniste sont une leçon de résilience inoubliable, sous la plume fabuleuse de Claire Berest, qui trace cette histoire comme au fusain. Absolument captivant.

« Il faut dire je t’aime quand on a le temps. Après on oublie, après on part, après on meurt. »

« 19 Femmes. Les syriennes racontent. » De Samar Yazbek

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Éditions Stock
Partition le 11/09/2019
Rentrée littéraire 2019
Sélection Prix des Lectrices Elle 2020

« Tout ce sang répondu et ces morts accumulées en valaient-ils la peine, était-ce le prix à payer pour la liberté et la dignité que nous réclamions ? Et que sont cette « dignité » et cette « liberté » devant cette violence déchaînée ? »

Une bien dure lecture. 19 femmes syriennes témoignent de l’horreur de leurs quotidiens. Lorsqu’elles nous racontent ce qu’elles voient, ce qu’elles vivent, ce qu’elles subissent, en tant que lectrice, je suis passée par tous les stades de l’émotion. La peur. L’angoisse. L’incompréhension. La tristesse. L’impuissance la plus totale face à leurs situations.

Mais ces femmes ne sont pas seulement dans une position de victimes. Elles sont fortes, elles sont rebelles, des battantes, des guerrières à leurs manières.
J’ai eu l’impression de visionner un véritable reportage, j’ai vu, devant mes yeux, ce que Samar Yazbek a fidèlement écrit, dans le respect des « maux » de chacune d’elles.

J’ai aussi trouvé l’introduction d’un très grand intérêt. Elle nous permet de bien poser « Le décor » du livre, de comprendre la démarche de l’auteure et le sens à lui donner.

En prêtant sa plume à ses femmes, Samar Yazbek leur a donner le pouvoir de s’exprimer.
J’avoue que cette lecture a été difficile, poser des images sur les atrocités ici racontées, mais c’est là que Samar Yazbek a parfaitement mené son projet de retranscription et surtout de mémoire.

« L’Albatros » de Nicolas Houguet

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Éditions Stock
Parution le 13/03/2019

L’Albatros m’a déposée sur un nuage duquel je vais avoir beaucoup de mal à descendre. Je ne suis pas prête d’oublier ce fabuleux et intense voyage, sur les ailes de ce bel oiseau, constituées de la plume démentielle de Nicolas Houguet.
« Je me souviens de tout ce que je n’ai pas vécu et dont je portais déjà l’espérance et le deuil. »

Comment trouver les mots à poser sur ce que je viens de vivre à travers ces lignes ? J’aimerais disposer d’une batterie, comme celle qui accompagne probablement Patti Smith… pour faire du bruit, un tel vacarme autour de ton livre Nicolas, pour qu’encore plus de lecteurs lectrices découvrent cette bombe.
« J’ai toujours eu un pied dans deux réalités. Celle de ma vie, largement chiante, contraignante, avec des péripéties qui ne m’intéressent que rarement, des contingences qui me font enrager. Et puis l’autre. Celle des poèmes que j’enchaînais. Des bouquins que je dévorais pour me fondre en eux, me projeter. Pour me découvrir par les mots de ceux qui me ressemblaient vraiment. »

Comment veux-tu que je le raconte ? Cela m’est impossible ! Depuis le peu de temps que nous nous connaissons, j’ai toujours été en admiration devant ta force. Comprendre enfin ce qui t’anime… ce que tu traverses… ce que tu endures… qui tu es (un petit peu)… celle que tu as tant aimé…
« Avoir le cœur qui explose et oublier que je suis en fauteuil roulant dans ses yeux. »

Cette lecture a été aussi émouvante, touchante, bouleversante que musicale. Sans cesse, Patti Smith a fredonné à mon oreille ses chansons mais celle qui m’a accompagnée tout du long reste « Because the night ». Cette musique dans ma tête, inutile d’avoir un casque… tes mots ont divinement joué ses notes… J’y étais à ce concert. Tu m’y as embarquée et comme ce fut bon !
« Pourtant je ne lisais pas. Je n’aimais pas ça. Les livres ressemblaient à des tombeaux. A des choses impressionnantes et un peu hostiles. »
« Se souvenir des livres qui nous ont inspirés, qui nous ont grandis, qui nous ont même parfois tirés de la léthargie et de la détresse des grands chagrins. Se souvenir des pages que l’on tournait d’une main molle et exsangue. Des mirages littéraire qui nous ont ranimés comme des sortie de coma. Nous ont empêchés d’enjamber le parapet au-dessus d’un fleuve rendu noir et moiré par une nuit sans étoiles. »

La puissance de ton écriture, l’empreinte de ta plume, le choix de tes mots, ont provoqué un séisme suivi d’un tsunami à l’intérieur de moi.
Tu m’as mise KO dès le premier round… Des sourires se sont dessinés sur mon visage. Des moues ont surgi, des larmes ont jailli, je n’ai rien contrôlé !
« Je découvrais la douleur intrinsèque de mon infirmité, lucidité que je m’étais débrouillé pour ajourner depuis plus de 30 ans. »

« J’ai la conviction profonde qu’aucun bonheur ne vaut s’il n’est pas partagé. Rien ne peut naître de bon de la solitude. »

« L’écriture raconte une fuite et comble une absence. Parce que la nuit appartient à ceux qui s’aiment. Pas à ceux qui se l’écrivent. »

Je vais me répéter mais je dis toujours que les livres sèment des graines en nous qui finissent toujours par germer… Et ton Albatros, cette graine, il l’avait dans son bec, qu’elle a quitté pour rejoindre ma forêt intérieure.

« Because the night belongs to lovers
Because the night belongs to lust
Because the night belongs to lovers
Because the night belongs to us »