« Sujet inconnu » de Loulou Robert

Éditions Julliard – Parution le 16/08/18
Rentrée littéraire 2018
Les matchs de la rentrée litteraire #MRL2018 #Rakuten #sujetinconnu #loulourobert

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Vous raconter cette histoire ? Exercice difficile…
Une narratrice dont on ne connaît pas le nom, mais qu’on pourrait presque deviner…
Dès son plus jeune âge, la fuite est son désir : partir, quitter ce lieu qui ne lui apporte rien. Rencontrer des gens, d’autres personnes… Et peut-être même Lui. Celui qui devrait la chérir, l’aimer, la protéger !!
La maladie frappe le destin de sa mère… ce foutu cancer fait son entrée sur la scène de ces pages…

« J’avais un jour, bien avant ce soir, décidé que mes parents seraient immortels. J’avais raison. Mes parents resteront mes parents. »

Une course folle après la vie. Aimer mais à quel prix ? Dans la douleur ? Dans la peur ? La crainte et la souffrance ?

« Ta mélancolie me sort de la mienne. Je respire pour deux. »

Comment l’amour peut-il provoquer ce comportement ? Est-elle malade ? Est-elle la source de cet acharnement ? Elle ne cesse de se remettre en question… à cause de lui…

« Tu passeras pour une victime. Moi, un monstre. »

Une bataille contre la violence. La violence des mots. La violence des gestes. La haine des regards aux autres. La proximité des autres.

« La peur stimule. Je cours toujours. Crie plus fort. Va chercher. Le sujet inconnu. Je suis le sujet inconnu. »

Sam est son refuge. Son meilleur ami. Celui qu’elle serre tout contre elle. Son confident.
Et puis vient l’écriture. Comme un exutoire… « Une écriture jeune, percutante, à vif… ».

« Finis par lui avouer. Avouer. Donc écrire est une faute. Je m’excuse d’écrire. »
« … le sujet de mon livre. Le sujet ? Inconnu. »

Je peux enfin respirer. Après cette lecture en apnée totale. Les mots sont comme piqués à la machine. Comme une aiguille qui traverse les pages, pour tracer les phrases d’un fil noir, torsadé, donnant à l’écriture de Loulou Robert et à son histoire un rythme fou à vous couper le souffle. Et le mien m’en fut coupé, provoquant un gros coup de coeur.
A lire sans modération !

« Sans toi, je suis seule. Sans toi, je n’existe pas. Je finis par te croire. Je suis responsable de ta folie. Pardonne-moi. »

« Ce que nous avons perdu » de Gayle Forman

Rencontre « Gayle Forman » – 29 Octobre 2018 chez Babélio

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Éditions Hachette – Romans
Parution le 29/08/18

Je suis encore parcourue de frissons… ceux de quitter ces trois personnages auxquels je me suis attachée, sans retenue ni modération.
On pourrait dire que leurs destins ont été liés instantanément par un don du ciel… Une chute vertigineuse a entrelacé leurs vies, le temps d’une journée mais certainement plus car affinités.

Freya, Harun et Nathaniel sont trois êtres abîmés, qui ont tous perdu une part d’eux-mêmes, un être cher ou un don inné. Le hasard leur permettra de se rencontrer et de s’apprivoiser.

« … elle n’est pas du tout convaincue que le destin existe. Pourtant, en cet instant, il est difficile de réfuter que tous les trois étaient destinés à se rencontrer. »

Ils prendront soin les uns des autres, ils se soutiendront… Ils vont apprendre à se connaitre, sans jugement, ils vont s’aimer… dans la douleur comme dans la joie…

« Ils ont beau être de parfaits inconnus, aux vies différentes et aux problèmes différents, il se trouve qu’ici, dans ce cabinet médical, ils jaugent la tristesse de façon identique. Ils la mesurent à l’aune de ce qu’ils ont perdu. »

Leur parcours commun sera comme une aventure, une mélodie à trois temps. Rien ne les arrêtera, ils fonceront tête baissée à la rescousse des autres. Ils se connaissent si peu et pourtant tout les aimante, comme une amitié intense à la force attractive démesurée. Qui aurait pu le croire ? Eux en sont les premiers surpris ! Le destin existe-t-il vraiment ?

« Harun veut aussi lui parler de Freya. De la journée étonnante qu’il vient de passer. James ne le croira peut-être pas, auquel cas Harun lui fera écouter la chanson que contient sa clé USB. Quand il reconnaîtra cette voix, il ne doutera plus. »

Avec des mots simples et des jolies phrases, Gayle Forman nous faut vivre cette rencontre inopinée en compagnie de trois personnes qu’on a du mal à quitter. Plus les pages défilent et plus notre attachement s’intensifie. On les découvre comme ils apprennent à se connaître aussi… Des sentiments naissent, des moments partagés où le lecteur devient le témoin de la naissance de cette amitié. Leur union sera leur force… Un doux moment de lecture comme enroulé dans un plaid soyeux.

Rencontre « Gayle Forman » – 29 Octobre 2018 chez Babélio

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 Les mots de l’auteure…

  • Pouvez-vous nous présenter l’histoire de votre livre « Ce que nous avons perdu » ?

C’est l’histoire d’une rencontre entre trois jeunes paumés, à New-York, qui essaient de retrouver leurs voies, leurs chemins, ensemble.

  • Quelle fut votre source d’inspiration pour l’écriture de ce livre ?

Cela faisait un bon moment que je n’écrivais plus, j’avais fait plusieurs tentatives, sans succès, alors j’ai abandonné… mais pas pour très longtemps. Ce livre a été écrit avant et après les élections présidentielles aux USA. Et à cette époque, plus rien n’avait d’importance… J’ai été prise comme dans un tourbillon, entre paralysie et sentiment de « A quoi bon ? », j’ai failli arrêter d’écrire. Et puis, il a suffi d’une phrase, qui tournait en boucle dans ma tête et qui un jour m’a été soufflée par Freya. Nous avons alors fait toutes les deux connaissance, j’ai écrit cette phrase « I’ve lost my way » et c’est ainsi qu’est née l’idée du roman et de ses personnages. Leurs pertes de repères, à eux, m’ont permis de retrouver mon chemin. Ecrire ma rage mais aussi mon espoir.

  • Comment sont nés vos personnages ?

Freya est arrivée en premier, puis ont suivi Harun et enfin Nathaniel. Autour de Nathaniel rôde tout un mystère, il est le dernier pour qui le voile est levé. Sa propre honte. Et puis, je voulais que les lecteurs fassent/vivent l’expérience de la grenouille dans la casserole :-), cet état d’ébullition progressive est une image qui se retrouve aussi chez Nathaniel. Mes trois personnages sont éloignés de ma personnalité, mais un lien fort les rapproche de moi.

En ce qui concerne Harun, je connais beaucoup de gens qui sont en perpétuelle négociation entre deux mondes et sous la coupe de leurs parents, pour lui, l’annonce de son homosexualité est juste inconcevable. Mais Harun, je l’ai immédiatement compris, capté, malgré tout ce qui m’oppose à lui. Je connaissais déjà l’issue de son histoire avec James, que Harun reviendrait vers lui, mais que leur histoire n’aboutirait pas et lui briserait le cœur.

Pour Freya et sa soeur, je me suis beaucoup inspirée de mes propres filles, de leur rivalité et de l’importance des réseaux sociaux dans leurs vies. J’ai une fille biologique et une fille adoptée en Ethiopie. Pour comprendre la complexité de Freya et la situation qu’elle vit avec sa sœur, le processus fut long et compliqué.

La construction du personnage de Nathaniel a donné lieu à beaucoup de versions, nécessaires pour comprendre son histoire. Il avait besoin de quelqu’un qui s’occupe de lui.

Mes trois personnages ont été là, dès le début. Ils sont si différents les uns des autres, et pourtant, ils se relient de manière visibles et invisibles. Leur solitude est comme un cycle : ils traversent des périodes d’incertitude, sont séparés de ceux qui les entourent. Ils sont seuls, isolés, n’arrivent pas à être en lien avec les autres, ceux qui pourraient les aider.

Souvent les ados sont perdus et traversent des moments de changement et d’isolement intenses. Lorsqu’on voit certaines publications dans les réseaux sociaux, en public, il y a souvent des personnes qui manifestent leur soutien, leurs encouragements ; même si ceux-ci sont virtuels, cela donne un sentiment d’avoir été entendu, d’être soutenu… Mais qu’en est-il dans la vraie vie ?

Au-delà de la propre histoire de chaque personnage, j’ai aussi voulu donner un rôle aux parents ; des parents absents et/ou démissionnaires ; des parents pétris de défauts… Le père de Nathaniel atteint d’une maladie mentale, ou la mère de Freya si étouffante, ou encore les parents de Harun, dont la famille a un certain équilibre que la tradition trop présente fragilise un peu. 

  • Pourquoi une chanteuse ?

Parce qu’avec moi, il y a toujours et partout la musique, elle est comme un canalisateur émotionnel, comme un impact provoquant une émotion forte et profonde en moi.

  • Pourquoi New-York ?

Parce que New-York je l’aime autant que je la déteste. Dans cette ville, on y rencontre des gens totalement improbables. Avec un peu d’ouverture, à New-York, on découvre tellement de personnes si différentes, de par la multiplicité des cultures. Paris et New-York sont des lieux magiques où peuvent se produire beaucoup de choses.

  • Racontez nous l’autre histoire, celle de la chanson de « la petite robe blanche »…

Dans plusieurs de mes romans, il est question de chanson. Pour celui-ci, j’entendais « la petite robe blanche » et c’était comme si j’écrivais une comédie musicale ; c’est ainsi que j’ai décidé de donner vie à cette mélodie qui m’a accompagnée. Elle a été écrite puis enregistrée, par une amie de ma fille, qui avait beaucoup de points communs avec le personnage de Freya, et qui comme elle, est née en chantant…

  • Votre livre est conçu avec des allers et retours dans le temps, pourquoi ?

Dans mon draft d’origine, il y avait pour chaque personnage, le présent puis le passé ; j’ai trouvé que cela donnait la sensation de les passer à la moulinette. J’ai alors eu l’idée de faire parler un narrateur avec sa vue d’en-haut. Cette voix narrative est aussi là pour les écarter de leurs douleurs.

La structure en flashbacks se retrouve aussi dans mon roman précédent « Si je reste ». J’ai l’impression que cela procure une respiration au lecteur. Plus poignant, moins massif.  

  • Quel est votre public de lecteurs cible ?

Mon écriture est majoritairement destinée à la jeunesse, entre 19 et 25 ans, et pourtant, mon lectorat s’étend de 10 à 80 ans ! J’aborde des questions qui m’interpellent en tant qu’adulte, et je fais parler des jeunes car ils ont davantage le droit d’exprimer leurs sentiments, contrairement aux adultes. Quand on est jeune, on a le droit de tout ressentir. Ecrire à partir de ce point de vue, c’est excitant pour moi… comme une drogue… très « addictif ».

Les romans sont de formidables outils de fabrication d’empathie. Des études démontrent que les lecteurs de romans sont plus empathiques que les autres ! 

  • Pourquoi une fin rapide ?

Mes romans ne font pas plus de 50 000 mots, c’est mon habitude. J’aime laisser le lecteur sur sa faim (fin). Ce livre a été dur à écrire et il est vrai que j’ai un peu précipité les choses. 

  • Avez-vous pensé à une suite ?

La réponse est OUI ! J’ai envie de savoir ce que mes personnages deviennent. J’ai souvent pour habitude de mener mes romans par deux. J’ai déjà dans ma tête les pistes de leurs devenirs : comment ils vont se perdre, puis se retrouver…

Mais cette suite ne sera pas pour tout de suite… !

« Orphelins 88 » de Sarah Cohen-Scali

Rencontre « Sarah Cohen-Scali » – 24 Septembre 2018 chez Babélio

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Editions Robert Laffont – Collection R-Jeunes Adultes

Parution le 20/09/18

On a beau lire un grand nombre de livres sur le thème de la déportation, on a toujours cet atroce sentiment de redécouvrir à chaque fois l’horreur. Même si la guerre est belle et bien finie, que l’euphorie de la libération envahie les rues et la population, elle continue encore et toujours à faire ses ravages et à laisser peser sur ses victimes, ses traces indélébiles.

« Orphelins 88 » est l’histoire stupéfiante d’un enfant, qui se fera d’abord appeler Siegfried pour être rebaptisé Josh ; mais cette histoire n’est pas seulement la sienne, au fond, c’est aussi celle de milliers d’autres enfants, victimes, qui n’ont peut-être pas pu la raconter.

« La guerre nous a tous transformés en Petits Poucets perdus dans la lugubre forêt qu’est devenue l’Europe. »

Il erre dans les décombres, au beau milieu d’un paysage totalement dévasté par la guerre et la barbarie, qui, tel un ouragan, a tout détruit sur son passage. Il ne sait plus rien de lui : qui il est, quel âge il a, qui sont ses parents, ses origines, sa religion, ce qui lui est arrivé… Rien. Le néant obscur le plus complet. Est-il Juif ou Allemand ? Peut-être Polonais ?

Ce dont il est sûr, c’est qu’il a été marqué, dans sa chair, d’un numéro de matricule, sur son bras. Bras qui d’ailleurs se lève, sans crier gare, comme un automate… sans lui laisser comprendre pourquoi…

Il aime les livres, il les dévore, ils viennent même, au fond, à son secours ; la lecture est sa passion. Et cela n’est pas si anodin, lorsque plus tard, au fil de son histoire, on découvrira qu’une libraire aura joué un rôle déterminant dans son passé…

« Je déteste les camions et j’aime les livres. Allez savoir pourquoi… C’est comme ça. Les camions me font peur, les livres m’apaisent, me font rêver. J’ai faim de mots presque autant que de nourriture. Je lis avec voracité. Je veux m’en fourrer plein la tête comme je m’en fourre plein la bouche pendant les repas. »

Sur le chemin qu’il va emprunter en quête de son passé et de la vérité, Josh rencontrera beaucoup de personnages. A son arrivée dans un orphelinat, où il a été envoyé par les Alliés, il y fera la connaissance, entre autres de Ida, directrice, et Wally, jeune soldat noir américain. Tous deux mettront tout en œuvre pour que le voile du mystère de son histoire soit levé. Y parviendront-ils ?

Il apprendra qu’il a été caché, pour être sauver.

« J’ai été caché par une femme, une Polonaise, elle s’appelait Sofia. … Elle me cachait dans son arrière-boutique. Dans un carton de livres. Sa boutique, c’était une librairie. »

La route sera longue, au sens propre comme figuré, la douleur et les blessures seront difficiles à panser. De nuit, des rêves cauchemardesques, de jour, la violence verbale et physique.

« On dirait que la paix, c’est le temps du recyclage. Recyclage des matières premières. Des enfants, aussi ? L’adoption, l’émigration, c’est un peu ça, non ? »

Il m’est très difficile de présenter davantage ce livre, sans avoir le sentiment de trop en dire. Il mérite tellement d’être lu par le plus grand nombre. Cette lecture stupéfiante m’a bouleversée à un tel point que j’ai dû attendre des semaines avant de pouvoir rédiger cette chronique. D’une justesse incroyable. D’un équilibre savamment dosé entre les faits réels historiques et le roman. Passionnant. Addictif. Un niveau de suspens finement géré. J’ai été happée, piégée…

Ne laissez pas filer l’occasion de le découvrir, préparez-vous au coup de cœur !

« Et voilà que tu me dis que mon mensonge n’en était pas un. Ce foutu Lebensborn, cette saloperie de Lebensborn ! Il t’aura finalement sauvé la vie ! »

 

Rencontre « Sarah Cohen-Scali » – 24 Septembre 2018 chez Babélio

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Les mots de l’auteure…

 

  • Sans spoiler le livre, pourquoi ce titre « Orphelins 88 » ?

J’ai imaginé ce titre. Je voulais qu’il évoque les « enfants volés ». Le code 88, dont vous trouverez la signification dans les premières pages de votre lecture, est bien réel et d’ailleurs encore en vigueur chez les néo-nazis.

 

  • Comment est née l’idée d’écrire « Orphelins 88 » ? Votre source d’inspiration ?

En 2012, j’ai écrit mon premier roman historique, « Max », qui parle du projet Lebensborn. L’histoire se déroule au même endroit que « Orphelins 88 », dans ce même orphelinat.

« Orphelins 88 » est arrivé cinq ans après. Lorsque j’ai mis mon point final à « Max », je l’ai vécu comme une réelle contrainte : j’ai continué à vivre avec ce personnage, cette période et surtout ce concept du Lebensborn. Je me suis alors posée la question : Que sont devenus tous ces enfants, orphelins de l’après-guerre ? C’est ainsi qu’est né « Orphelins 88 ».

Reflex de violence pour un reflex de survie. En 1946, après la libération des camps, beaucoup de pogroms sanglants ont eu lieu.

Comment vivre après ça ? Des hordes d’enfants errent en quête de leur identité, de leur histoire. Toutes les scènes quotidiennes décrites dans le livre sont aussi un moyen de démontrer comment les orphelins vivaient après la guerre.

Quasiment tous les enfants de ce livre ont existé : Halina, par exemple, est retournée de Pologne en Allemagne et a frappé à la porte de cet orphelinat, qui l’a accueillie, c’est sa véritable histoire. Béate est celle qui a été la plus construite à partir de « La trêve » de Primo Lévi.

Ecrire ce livre c’est un peu comme un devoir de mémoire. Se retrouver. Le passé. Un peu comme un polar, avec des enquêteurs, des identités perdues. Des traumatismes.

 

  • Comment avez-vous procédé pour l’écriture de ce livre ?

J’ai effectué énormément de recherches qui m’ont permis de découvrir beaucoup de détails sur ce thème : images, archives,… J’ai toujours eu beaucoup d’intérêt pour ce sujet. L’après-guerre, ce n’est pas que la joie de la libération, c’est aussi et surtout une Europe détruite, la faim, des orphelins… peut-être loin de la réalité…

La scène du passage à tabac est réelle, témoignage du degré de violence qui hantait encore les lieux.

Lorsque j’ai commencé à écrire « Orphelins 88 », c’était dans l’optique d’une suite de « Max », c’est en partie pour cette raison que j’ai choisi l’écriture à la 1ère personne. Mais par la suite, il s’est avéré trop complexe de le présenter aux éditeurs comme un tome 2, d’où une certaine déception, au vu du travail accompli et des recherches réalisées. C’est ainsi qu’est né le personnage de Josh pour en faire le héros : il fait aussi partie de mon livre précédent, Josh est le Lucas de « Max », un des enfants qui gravitait autour sans se rebeller.

Au fil de mes investigations, j’ai aussi découvert à quel point les anciens GI’s noirs se sentait mieux en Allemagne après la guerre que dans leur propre pays, aux Etats-Unis, le personnage de Wally en est la parfaite illustration.

  • Quels livres ou œuvres vous ont aidée ?
    « L’Europe barbare » de Keith Lowe, qui traite des conséquences de la guerre.
    « Ecrire pour sauver une vie » de John Edgar Wideman

Je me suis aussi beaucoup inspirée d’un livre que j’ai lu, en hommage à Greta Fischer, dans lequel j’ai retrouvé quelques lignes évoquant des enfants pris en charge par l’UNRRA. Je fais alors la rencontre littéraire d’un enfant perdu, trouvé par une femme et déposé dans un orphelinat.

D’autres livres m’ont également aidé dans la construction de mes personnages :

        « La trêve » de Primo Lévi
        « Le choix de Sophie » de William Styron

 

  • En quelques mots, pouvez-vous nous présenter « Orphelins 88 » ?

C’est l’histoire de ces enfants, perdus, de l’après-guerre. Et plus particulièrement de cet enfant, Siegfried / Josh, qui ne sait plus qui il est, son histoire, sa famille, il est dans l’obscurité et l’opacité la plus totale. A force de patience et de recherches, il découvre finalement qu’il est juif et a été l’esclave d’un certain Bruhns.

Comme le dirait Boris Cyrulnik : « La lecture a été capitale pour se reconstruire ».

« La lecture pour acquérir des armes ».

Et c’est aussi ce qu’on retrouve dans cet ouvrage, le fil de la lecture, un Josh qui aime les livres, j’ai transposé cette passion qui est la mienne sur mon personnage principal.

Il est essentiel de trouver le bon équilibre entre les faits historiques et la trame romanesque.

La question de l’âge ne se pose pas, tous les lecteurs peuvent lire ce livre, ce livre s’adresse surtout à moi.

« Sœurs brisées » de Jean-Marie Palach

Editions Daphnis et Chloé

Parution le 23/11/2017

Se glisser dans la peau de ces deux sœurs, que tout oppose : la situation, le travail, le milieu…

Héloïse, l’ainée, est auteure. Deux drames tragiques ont marqué sa vie à jamais ; ils ont fait naître en elle sa vocation, l’écriture, dont elle puise la source d’inspiration au plus profond d’elle-même. S’en rend-elle bien compte ? Elle écrit. C’est sa thérapie. Sa façon à elle d’extérioriser ce qu’elle a en elle : la douleur et la culpabilité de la perte de ses parents suivie de celle de son fiancé, par accidents.

« Son propre équilibre, elle l’a construit à partir d’une inspiration jaillie devant la tombe de Baudelaire ».

Ses livres rencontrent un véritable succès, tous portant sur le même thème : la mort. Mais un succès tenu relativement secret… caché… non-dit… Jusqu’au jour où le voile sera levé, en plein salon du livre… et sa vie chamboulée.

Sa jeune sœur, Faustine, quant à elle, n’a pas du tout la même vie… Employée de bureau dans l’administration, elle rédige des notes irréprochables à longueur de journée, un modèle pour ses collègues. Mais s’épanouit-elle ? Au-delà de ses qualités professionnelles, qui en font pâlir certaines, serait-elle prête à faire bon usage de sa beauté et son charme ? Pas si sûr…

Une grande distance existe entre les deux sœurs ; mis à part un rendez-vous hebdomadaire, quasi « muet », pour partager un déjeuner totalement insipide devant la télé, leur relation ne va pas plus loin. Et pourtant, lors de la disparition de leurs parents, Héloïse en a bien pris soin de sa sœur… Elle a été une mère pour elle…

Quel est donc ce phénomène qui leur nuit et les empêche d’être des sœurs ? Un secret ? La douleur inconsolable qui les a frappées si jeunes ? Des remords ?

C’est avec une formidable adresse que Jean-Marie Palach nous dresse leurs portraits, nous raconte leur histoire, celle de ces deux êtres fragiles, blessés, meurtris, dont les liens paraissent coupés à jamais… Et pourtant, ils sont si forts et ne demandent qu’à être renoués… Grâce à Héloïse et sa vie d’auteure, les passionnés et amoureux des livres y trouveront aussi leur bonheur. J’ai aussi été profondément touchée et émerveillée par l’un des livres d’Héloïse évoqué dans ce roman, dans lequel elle raconte l’histoire d’un homme qui vit la perte de son épouse, le départ de son amour, l’image de deux roses qui se fanent….

« Il fit un signe négatif et se rapprocha de la toile, pour mieux la détailler. Au centre des pupilles, il distingua, admirablement dessinées, deux roses écloses et une encore en bouton ».

Un très joli roman, aux messages subtils et percutants, touchant de douleur et de tendresse où la littérature y tient aussi une place importante.

« …un propriétaire, des mains qui tournent les pages, des yeux qui déchiffrent les caractères assemblés et les convertissent en phrases intelligibles, un esprit qui accepte ce qu’un autre esprit a conçu, s’émeut, souffre, s’amuse, jouit ». « Le vertige de l’auteur » (et du lecteur).

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« La rose et le flocon de neige » de Christiane Efoutame

Editions Panthéon
Parution le 27 juillet 2018

Recueil de très jolis poèmes, déclinés sous l’image de la rose et du flocon de neige : elle incarne l’amour, il représente la fierté et la passion.

C’est à travers ces jolis vers, cette délicate prose, que Christiane Efoutame suscite en nous l’éveil de nos « ressentiments » : l’amour, l’abandon, la passion, le rejet, la perte… Tous plus beaux et touchants les uns que les autres, si je devais en choisir un, ce serait « On croit ».

Belle lecture poétique.

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