« Une famille presque normale » de M.T. Edvardsson

Éditions Pocket / Sonatine
Parution le 01/10/2019
624 pages

Sélection Prix des Lectrices Elle 2020
Prix des nouvelles voix du polar 2021

Une famille presque normale, c’est quoi au juste ? Une mère avocate, un père pasteur et une adolescente dans sa phase rebelle ? Ça pourrait l’être… Mais il va suffire d’un évènement pour que tout bascule et que cette normalité soit remise en question.

Stella est une fille vive, sur le chemin transitoire entre l’enfance et l’adulte. Elle s’affirme mais toujours dans les limites. En compagnie d’Amina, meilleures amies depuis leur tendre enfance, elles partagent le plus clair de leur temps ensemble.
Et c’est lors de l’une de leurs sorties d’un soir, dans un café où elles sont devenues des habituées, qu’elles font la connaissance de Christopher Olsen. Un homme séduisant et fortuné, les filles ne resteront pas insensibles  à son charme. De fil en aiguille, Stella entamera une relation avec celui qu’elle appellera Chris.

Alors lorsque le corps sans vie de Chris est découvert, tout laisse penser que Stella est la coupable idéale. Elle est arrêtée. L’enquête est lancée et la machine judiciaire se met en marche.
« Voilà quelques mois, nous étions encore une famille tout à fait normale. Aujourd’hui nous voici prisonniers sous le feu implacable des projecteurs. »

A travers les voix du père, de Stella et de la mère, ces trois grandes parties de ce thriller nous permettent de découvrir qui ils sont réellement. Ce père pasteur, inspirant la confiance, est-il vraiment si fiable ? A travers le récit de Stella, on découvre sa vie en milieu carcéral, ce qu’elle a vécu par le passé. On comprend mieux l’évolution de sa relation avec Chris. Et puis, au tour de la mère, celle qui veut rattraper ses erreurs, ses manquements, jouer enfin ce rôle de mère protectrice… Mais à quelles conditions ? Jusqu’où peut-on aller pour protéger ses enfants ?
« Les gens sont prêts à mettre de côté toute éthique et toute morale pour défendre leur famille. Les principes gravés dans le marbre sont pulvérisés sans peine quand il s’agit de protéger son enfant. »

Au bémol près de quelques petites failles (dans l’écriture ou la traduction), ce fut un agréable moment de lecture. L’intrigue est bien ficelée, en laissant place aux doutes du lecteur qui pense avoir trouvé le coupable.
J’ai aussi apprécié le lien que Nounours a construit avec Stella en prison, via son initiation à la lecture. Cela m’a fait penser au concept « Lire pour en sortir » qui permet les diminutions de peines légères grâce aux fiches de lecture des détenus. La réinsertion par la culture.
« Grâce au livre, un tout autre monde s’ouvre à ma conscience, où je me précipite la tête la première. Je voudrais ne jamais en ressortir, ne jamais revenir dans cette maudite cellule de merde. Je ne sens même plus l’odeur quand je lis. »

« La voie du thé » de Nadia Bécaud

Édition Actes Sud
Parution le 5/5/2021
161 pages

Pour une passionnée de lecture et de thé, voici un doux moment d’apprentissage de l’histoire de cette boisson vénérée et tant consommée.
Après avoir lu cet ouvrage, jamais plus une dégustation de tasse de thé ne sera pareille.
« Chacune des étapes de la préparation du thé nécessite une attention totale. De cette manière, le rituel du thé devient une discipline, une voix de perfection. »

Je me remémorerai ses origines, ceux qui l’ont découvert et partagé autour d’eux, par ces cérémonies du thé, rituels divins et incontournables, où chaque geste a son importance.
« Le message du thé est de transmettre calme et sérénité en un moment de partage. »

Cette boisson regorge de vertus médicinales comme spirituelles, alliant sagesse et sérénité, dont le corps et l’esprit en sont les principaux acteurs.
« Boire du thé, aimer son prochain et la vie et se détendre. »

Nadia Bécaud évoque ici son lien avec la philosophie et la religion. Un doux mélange équilibré comme son goût fort ou subtil à nos papilles.
« Le zen et le thé. »

Je remercie Babélio et Actes Sud pour cet instant délicat en compagnie de ma boisson préférée.

« Pour seul refuge » de Vincent Ortis

Éditions Pocket / Robert Laffont
Parution le 8/10/2020
361 pages
Sélection Prix des nouvelles voix du polar 2021

Dès le début, on sent quelque chose qui couve. La mise en place est assez lente. Mais très vite au fur et à mesure de la lecture, on découvre la machination qui se prépare. Diabolique. Surprenante.
C’est dans un environnement assez hostile, glacial, que se déroule ce thriller. J’ai d’ailleurs été surprise un soir de lecture à aller chercher un polaire pour me couvrir, j’avais le sentiment d’être fouettée par ce vent froid.
Tout commence par une banale panne de voiture. Le juge McCarthy, sur la route pour rejoindre son fils Ben, se voit contraint de s’arrêter sur le bas-côté. Arrive alors Ted, qui s’empresse de lui proposer son aide. Sans autre option, McCarthy accepte et monte à bord du véhicule.
Sous couvert de la neige dense et intense, Ted l’emmène avec lui, direction sa cabane perdue en plein coeur des montagnes.
McCarthy est bien loin d’imaginer ce qui l’attend. Ted refuse de le laisser partir… Et progressivement le voile se lève sur sa personnalité… et encore… on est bien loin du compte…
Il finit par découvrir qu’il n’est pas le seul prisonnier de cet abri et qu’un plan a été diaboliquement pensé par Ted. Le périple qui les attend vous glacera et vous scotchera jusqu’à la fin aux pages de ce livre bluffant.
« Car si monsieur le juge est le trajet dans sa tête, c’est la crapule qui a les caches des étapes dans la sienne. Vous aurez besoin l’un de l’autre : c’est pour ça que je ne vous donne pas de cartes, monsieur le juge. Il serait capable de vous tuer pour vous les prendre. »

Ce fut pour ma part une incroyable découverte, merci à Vincent Ortis, qui mérite très bien sa place parmi la sélection du prix des nouvelles voix du polar 2021. J’espère bien vous lire à nouveau Mr Ortis 😉. Et merci aux Editions Pocket de me donner l’occasion de vivre cette belle aventure littéraire.

« La jeune fille du tableau » de Marie Jousse

Auto-édition Amazon
Parution le 29/05/2021
161 pages

D’une relation virtuelle est née une liaison charnelle. Entre ces deux êtres, quelque chose est né. Salvatore et Sarah se sont trouvés, deux destins à la croisée d’un chemin.

De ces premiers échanges enflammés par mail, suivit un rendez-vous au Louvre. Une rencontre. La découverte de l’autre. De l’inconnu(e).

De fil en aiguille les liens se tissent, se concrétisent, le plaisir réciproque puis l’amour  s’installent. Une nuit passée ensemble. Ils se revoient.
Sarah a pour confidente, amie et auteure préférée sa chère Emmanuelle, à qui elle raconte cette histoire. Sans oublier sa copine Mandarine.

Mais un autre lien existe depuis bien plus longtemps entre Sarah et une petite fille, dont le nom l’a toujours rapproché d’elle : Anne Frank.
« … ma grand-mère de coeur, ma petite soeur adolescente ».
Est-ce une conviction ? Il n’existe pourtant aucun point commun dans leurs vies respectives.
« … à part notre nom de famille, le c en moins ».

Et puis le doute s’installe. Salvatore est allemand et se nomme Schaeffer. Quelle est donc cette passion, depuis sa jeunesse, que Sarah voue à l’histoire des juifs ? D’où vient-elle ? Elle a toujours voulu tout savoir. Comprendre. Mais pourquoi ? Que cherche-t-elle ? Quelle sera donc le fin mot de cette histoire ?

Dans cette quête d’identité et de vérité, Marie Jousse a accaparé tous mes sens et émotions. Elle me touche. Un seul bémol : ce roman est trop court, il laisse un petit goût amer de trop peu…

Très chère Marie, j’ai beaucoup aimé les précédents et j’ajoute bien volontiers ce petit dernier dans la liste de mes coups de coeur éclair, un coup de foudre que j’ai eu pour cette nouvelle pépite ! J’ai adoré le côté épistolaire et cette façon de nous propulser vers l’inconnu…. Encore une fois, je suis et reste fan 💞. Merci beaucoup pour ce cadeau.

« Inexorable » de Claire Favan

Éditions Pocket / Robert Laffont
Parution le 11/10/2018
380 pages

Imaginez un court instant qu’un enfant de 4 ans assiste à l’arrestation plus que musclée de son père Victor, sous ses yeux et ceux de sa mère. Qu’a-t-il donc pu faire pour être ainsi interpelé ? Une trahison, de mauvaises fréquentations pour l’argent facile… Il finit en prison.
Cette scène aura des impacts irréversibles sur la vie de Milo. A partir de cette nuit, il ne sera plus jamais le même. Ce petit garçon brillant et à l’avenir prometteur n’est plus. Ce n’est que le début. Le pire reste à venir.
Alexandra et Milo se retrouvent donc seuls face à cette situation incompréhensible pour eux. Perturbé par ces événements, Milo perd tout repère et ne contrôle plus ni ses émotions ni ses réactions. Plongé dans la colère et la haine, à la moindre étincelle, il s’emporte. Sauf que, contrairement aux apparences, il n’est pas toujours responsable des faits qui lui sont reprochés. Son comportement incontrôlable va rapidement servir ses petits camarades, il deviendra très vite le coupable idéal tout désigné.
Alexandra, elle, se démène pour tout gérer seule. Les frasques de son fils, la découverte de la vie cachée et sombre de son mari, le tout combiné au quotidien. Elle a beaucoup de mal et c’est toujours la boule au ventre qu’elle répond présente aux rappels à l’ordre  incessants de l’école. Elle ne sait plus comment faire… Ne sachant pas encore qu’il ne s’agit là que de la porte d’entrée vers la descente aux enfers.
Quand Victor finit par sortir, Milo est ravi de revoir son père et paraît retrouver un semblant d’équilibre. Ce qui n’est pas le cas d’Alexandra. Le temps passe, père et fils se rangent. Mais pas pour longtemps…
Mis au pied du mur, son passé rattrape Victor, une dette, retour au business obscur. De courte durée. Retour en prison.
Alexandra ne veut plus entendre parler de lui. Et puis un nouveau drame survient et Milo replonge. Au fond du gouffre…
Mais jamais ô grand jamais sa mère ne le lâchera, toujours à ses côtés, en toutes circonstances, quoiqu’il en coûte et quoiqu’il arrive… Elle est prête à tout pour lui. Le meilleur comme le pire… A vous de le découvrir !

Préparez-vous ! L’ouvrir c’est ne plus pouvoir le refermer. Un tourbillon addictif infernal où se mêlent solitude, perte de repères, impuissance, amour maternel, mais aussi meurtres, enquête, coupables et innocents. La lutte acharnée d’une mère, pour son enfant différent… Ce livre est un piège tentaculaire qui m’a enserrée jusqu’à l’insomnie, j’étais comme sous caféine ! Hallucinant ! Je pensais avoir trouvé la machination, et bien non car Claire Favan m’a assené un sacré coup de maître ! Cette lecture fut un énorme coup de coeur.

PS : Très chère Claire, merci pour cet incroyable moment de lecture et bravo pour  l’image d’Olivier Norek en fée 😆. Bien gravée dans ma mémoire 😁

« La brodeuse d’histoires » de Martina Aranda

Éditions CotCotCot
Parution le 01/10/2019

Lorsque Mila emménage dans ce nouvel appartement avec ses parents, elle ne sait pas encore qu’elle va y rencontrer une amie.
Et cette amie n’est autre que Lucia, une voisine. Cette dame a la particularité de lui raconter des histoires des artistes qui vécurent alentours il y a longtemps. Elle ne lit pas. C’est son imagination qui brode ses mots comme ses doigts dessinent de jolis motifs aux fils colorés sur son ouvrage.
Des illustrations sublimes honorent ce très bel album jeunesse qui se dévore trop vite tant il est court et ô combien touchant.
J’en aurai aimé beaucoup plus, il est beau, il est doux, et laisse en moi l’empreinte de sa douceur aussi profonde que le coup de crayon de sa vénérable créatrice.
Un grand merci à Babélio et aux Editions CotCotCot pour ce tendre moment avec elles.

« L’émouvante et singulière histoire du dernier des lecteurs » de Daniel Fohr

Éditions Slatkine et Cie
Parution le 28/01/2021
150 pages

Ça commence fort et donne le ton dès le début. Un homme qui se déguise en femme pour s’octroyer le droit et le temps de lire. Parce que lire c’est typiquement féminin. Dit-il…
« …j’en suis réduit à me déguiser en femme pour aller lire dans un parc. J’ai toujours aimé lire à l’extérieur, n’importe où, mais ça devient difficile. »

J’ai été séduite par cet homme, par ses mots et son humour, par ses sentiments qu’il exprime vis-à-vis des livres. J’ai été emportée au gré de ces pages, par cette histoire burlesque, en me laissant prendre au jeu… me disant « Et si c’était vrai ? » Et alors, pourquoi pas ? J’ai aimé ses citations, ses références littéraires, j’en ai marqué des pages, j’en ai coché des extraits.
Et voilà l’état d’esprit dans lequel j’ai découvert la merveilleuse histoire du dernier des lecteurs. Le seul homme. L’unique.
« Je suis le dernier lecteur de livres sur cette planète. Tous les autres sont des femmes. »

J’aime les livres qui parlent de livres et de lecteurs. Imaginez. Avec celui-ci, me voilà servie. Il nous raconte son histoire, lui, l’anonyme. Comme lui, mes doigts ont filé sur le papier granuleux. Ce plaisir de le toucher, le livre papier.
« De même que l’arbre qui tombe ne fait de bruit que si quelqu’un est là pour l’entendre, un livre n’existe que si quelqu’un est là pour le lire. »

Être le dernier des lecteurs c’est pour lui aussi être le responsable de cette espèce masculine en voie de disparition… il faut donc tenter de passer le flambeau, assurer le relai, quoi qu’il en coûte… plus facile à lire qu’à faire !
« La littérature est un jardin secret qui demande à être partagé. »

« Un livre c’est de la magie blanche. On ne sait jamais ce qui sortira du cube de papier et l’effet qu’il produira une fois ouvert. »
Je peux vous certifier que la magie de celui-ci a bien eu l’effet escompté. Il est hors du commun. De ce cube de papier est sorti un excellent moment de lecture, addictif et divertissant, pour lequel je remercie infiniment les Éditions Slatkine et Cie et son vénérable auteur.
Et quant à vous, Daniel Fohr, pour répondre à votre chaleureuse dédicace (encore merci pour cette délicate attention), je vous confirme que j’ai passé un très agréable moment en compagnie de votre dernier lecteur, je m’associe bien volontiers à sa cause de défenseur du roman et du papier. Au plaisir de vous lire à nouveau.

« …il faut louer le pouvoir des mots. »

« Ma soeur, serial killeuse » d’Oyinkan Braithwaite

Editions Delcourt – La Croisée
Parution le 13/02/2019
235 pages

Ayoola se débarrasse de ses conquêtes les une après les autres. Korede vient à son secours et nettoie, que dis-je, décape les scènes de crimes que sa soeur laisse derrière elle. Un duo hors du commun.
« Ayoola m’appelle et prononce ces mots que j’avais espéré ne jamais plus entendre : Korede, je l’ai tué ».

Korede est infirmière dans un hôpital du Nigeria. De par son métier, son travail occupe beaucoup sa vie. Célibataire, elle a flashé sur Tade, médecin du même établissement. Korede l’aime secrètement, Ayoola ouvertement, ce qui finit par agacer fortement Korede.
Ayoola est la plus belle des deux. Uniquement de l’extérieur. Son charme envoûte les hommes et les attire telle une sirène des mers, mais en eaux troubles. Ses relations ne durent jamais très longtemps et se terminent toujours par une fin tragique récurrente.
« Je me demande où elle cache le couteau. Je ne le vois jamais, sauf quand j’ai aussi l’occasion de contempler un corps qui se vide de son sang à mes pieds… ».

Elles vivent toutes les deux avec leur mère et la « petite bonne ». Leur complicité est infaillible. Korede se sent responsable de sa soeur et au moindre de ses appels, elle accourt. Mais quand le poids de la conscience devient trop lourd à portée, Korede se confie à un patient plongé dans le coma. Elle lui parle, elle lui raconte, elle se confesse à lui… Mais jusqu’à quand ? Pourquoi Ayoola a-t-elle ce comportement ? Quand vous découvrirez son passé et l’histoire du père, vous comprendrez… Mais… Je vous laisse plonger dans cette lecture…

Ce roman m’a littéralement envoûtée. Comment s’attacher à de telles personnages ? Il est très addictif, dès qu’on l’ouvre, on ne peut plus le lâcher. Il a tout d’un grand, d’un best seller. J’ai hâte de découvrir son adaptation cinématographique… Bravo à Oyinkan Braithwaite et un immense merci aux Éditions Delcourt – La Croisée pour ce coup de foudre !

Les Avrils – rencontre virtuelle du 9 février 2021

Les mots de Raphaël Alix…

Dans ce livre, le rapport au corps est essentiel. Il y est question de masculinité et de mettre en perspective comment chacun occupe son corps et comment il le traite.
Un homme tombe enceinte. Le roman glisse ainsi vers la virilité, la parentalité, la part du père. Raphaël a voulu en faire un récit fiction, dans cette ambiance de tango, qu’il trouve très beau. La danse est comme une parabole d’assignation de genre de « L’homme mène, la femme suit ».
Sa compagne est tombée enceinte de jumeaux, ce qui a alimenté l’idée et la réflexion, en bousculant les choses.
Raphaël trouve son inspiration dans la fantaisie, beaucoup dans le cinéma. Il s’inspire aussi de Marie Darrieussecq, Tanguy Viel. Le choix de ses personnages s’est porté sur des anti Héros, ils ne font pas partie des grands du monde.
Pour Raphaël, en tant que romancier, son désir est de poursuivre l’écriture, plutôt orientée vers une dimension fictive, il a très envie de poursuivre dans le domaine du roman.
La rencontre de Raphaël avec les Avrils  avait déjà été comme préméditée, puisque son texte avait déjà été lu par Lola Nicolle dans une maison précédente. Puis il a appris la création de la collection et il lui a envoyé à nouveau son texte, pile au moment de la création des Avrils.

Quelle chance pour nous lecteurs aussi que cette rencontre se soit réalisée. Merci pour ce beau moment !

« Le premier homme du monde » de Raphaël Alix

Éditions Les Avrils
Parution le 03/02/2021
188 pages

Je ne saurai comment vous dire ni vous expliquer ce que j’ai ressenti en lisant ce livre. A part que ce fut un pur kif littéraire. Au-delà du fait qu’il s’agisse d’une lecture à prendre au 3ème ou 4ème degré, je l’ai surtout trouvé très poétique. Ne me demandez pas pourquoi. Peut-être sa plume. Certainement cet air de tango qui n’a cessé de m’accompagner. Comme leurs chaussures de danse glissent sur la scène de cet amphithéâtre, les pages ont filé entre mes doigts.
Même si l’histoire de Marcus et Rose est fantasque, elle m’a transportée. 
Tous deux fervents danseurs de tango, dans ces alcôves des bords de Seine, ils s’aiment. Et de cet amour, Rose voudrait que naisse un enfant. La première réaction de Marcus fut assez vive et tranchée : ce fut non. Voyant l’impact de cette décision ternir le joli visage et tout le corps de sa bien aimée, il finit par se faire une raison et accepter.
Les tentatives savamment surveillées se sont répétées et un jour, elles finirent par porter leurs fruits : une petite graine fut déposée.
« Nous n’en reparlâmes plus. Je continuai ma  couvade dans mon coin, pendant que Rose, elle, mourait à petit feu. »

Les premiers symptômes firent leur apparition et aussi fou que cela puisse paraître, le verdict tomba : le bébé s’était logé dans le ventre de Marcus : il était « enceint ».
« Par je ne sais quelle opération, je ne sais quel maléfice fomenté par mon inconscient, j’étais en train de devenir une femme, la poitrine et le ventre protubérants, à pleurnicher au moindre prétexte, vous imaginez un peu le désastre ? »

Le périple commence. Des scènes abracadabrantesques vont se succéder. Imaginez juste un instant cette situation. Mais non, n’imaginez pas, lisez ce livre.
« Et si pour elles, je m’en rendais compte à présent, si pour elle ça avait tout d’un chemin de croix, alors imaginez la même chose pour un pauvre bougre, un type moyen de mon genre. »
Et c’est ainsi que commença l’incroyable  histoire du « premier homme du monde » que Raphaël Alix nous fait vivre à travers son bluffant roman. Je remercie les Éditions Les Avrils pour ce beau cadeau.
« Je nommerai la toile « le premier homme du monde », nous dit jacinthe…Tu es le premier Marcus…. le pionnier, le seul d’entre tous à avoir osé. Osé la grossesse, osé enfanter, franchir la barrière, et par là, le seul qui enfin deviendra un homme entier. »