« L’habitude des bêtes » de Lise Tremblay

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Éditions Delcourt
Parution le 22/08/2018

Je veux aller dans ce village. Je veux rencontrer ses habitants, caresser Dan une dernière fois avant qu’il s’en aille, visiter le chalet de Benoît, tenir la main de Mina et l’écouter me raconter ce qu’elle voudra. Ils m’ont si bien accueillie parmi eux, ils m’ont ouvert leurs portes et leurs coeurs, ils m’ont raconté leurs vies et leurs peines… Je m’y suis sentie si bien…
Cette ambiance, ces paysages qu’on imagine… ce livre est trop court et c’est bien dommage…
Je me serai bien volontiers attardée encore et encore à leurs côtés.

Vous vous demandez de quoi parle donc ce petit bijou qui a eu un tel effet ? Parce qu’il aborde aussi bien la vie que la mort, l’amour, la fuite, la nature… Comment l’arrivée de Dan dans la vie de Benoît a-t-elle pu métamorphoser cet homme ? Croire en la puissance des animaux.
« Dan est venu s’asseoir à côté de moi sur le sofa. J’ai dû l’aider à grimper. Les larmes me sont montées aux yeux et je n’ai pas lutté. »
Mais son fidèle compagnon est gravement malade, Odette, la vétérinaire, en prend grand soin et apporte tout son soutien à Benoît.
« Elle a eu un geste étonnant, elle m’a caressé la joue. Elle avait trop l’habitude des bêtes. »
Parce qu’il a été aussi ce père absent, toujours parti, dont Carole, sa fille, a subi le manque d’affection. Alors, est-il toujours temps de rattraper les instants perdus ?
Le tout sur fond de traque des loups, secouant le village et provocant comme une guerre des clans, ravivant les animosités plus ou moins cachées.

Je ne peux que vous inviter, très vivement, à le lire, mais surtout à le savourer. Prenez votre temps. Comme adossé à un sapin québécois « d’icitte » comme ils disent, pour sentir la force de cette histoire.

« Un jour, on m’avait donné un chien et j’avais changé. »

« Le roman des Goscinny » de Catel

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Éditions Grasset
Parution le 28/08/2019
Rentrée littéraire 2019
Sélection Prix des Lectrices Elle 2020

Une biographie en images absolument extraordinaire. Lorsque Anne Goscinny suggère à Catel de raconter la vie de son père René Goscinny, l’idée lui paraît surprenante. Et puis elle fait son petit bonhomme de chemin et elle accepte.

C’est avec un immense plaisir que j’ai découvert la vie de ce grand maître du genre. Dès sa naissance. Depuis son plus jeune âge, il était comme déjà destiné à amuser la galerie, ce qui ne l’empêchait pas d’être bon élève.
Il a suivi ses parents dans leurs voyages et a passé sa jeunesse à Buenos Aires. L’humour était son exutoire, le dessin sa façon de s’exprimer. Il voulait à tout prix s’amuser et amuser les autres. Une vocation toute trouvée. Et le reste de sa vie et de son histoire, est à découvrir…. L’Argentine, la terre qui les a sauvés. La guerre et l’horreur de la Shoah. L’histoire et les disparitions dans leur famille chamboulera leur avenir, René et sa mère devront vite se mettre au travail. Gagner leur vie. Aller retour États-Unis France. Mais René sait déjà ce qu’il veut devenir… Le dessin sera toute sa vie… Mais d’autres emplois l’attendent avant qu’il ne puisse vivre de sa passion.

A découvrir dans cette fresque fabuleuse, la sienne, celle du grand fondateur de ces emblématiques personnages qui ont marqué et marquent toujours à tout âge. Il est le père créateur de Astérix, du petit Nicolas… mais René Goscinny est bien plus que tout cela. Un aventurier dc retrouver le génie de cet homme qui nous a tant faire rire, par le passé et encore maintenant.

« Dévorer le ciel » de Paolo Giordano

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Éditions Seuil
Parution le 14/08/2019
Rentrée littéraire 2019
Sélection Prix des Lectrices Elle 2020

Quelques ombres déambulent autour de la piscine. Le soir. Lorsque Teresa les aperçoit, elle ne sait pas qui ils sont, ce qu’ils font là. Ces trois jeunes garçons sont pris en flagrant délit de baignade non autorisée sur la propriété privée de sa grand-mère. Celle où Teresa a pour habitude de passer ses vacances.

Dès cet instant, ils font plus ample connaissance. Au fil de l’eau, au fil des semaines sur place, puis des années qui reviennent, leur amitié se construit, avec tous les ingrédients composant la difficulté des relations entre adolescents. La complexité de cet âge charnière. La jalousie. Mais aussi l’amour… sous toutes ses coutures.

Je suis totalement passée à côté de ce roman, qui pourtant m’attirait énormément. Je n’ai pas su me l’approprier. Je ne me suis pas sentie à l’aise parmi eux. Même si j’ai pu reconnaître certaines scènes qui m’ont fait penser à mes propres vacances de jeunesse, j’ai été distante. Et ce fut le cas pour tout, les personnages comme l’environnement ou la communauté au sein de laquelle ils évoluent. La lecture est aussi une question de moment, peut-être devrais-je retenter cette expérience ultérieurement ?

« Notre part de cruauté » de Araminta Hall

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Éditions Préludes
Parution le 4/09/2019
Rentrée littéraire 2019
Sélection Prix des Lectrices Elle 2020

C’est du fond de sa cellule que Mike raconte son histoire. Celle de son enfance difficile et ballottée, celle de leur rencontre, Verity et lui.
Le sachant là où il est, on se doute d’ores et déjà de ce qui nous attend. Sans trop en savoir.

Au fil des pages, on découvre la personnalité de ces deux êtres. Mike est un enfant à qui l’amour maternel a fait défaut. Né d’une mère alcoolique, dont la violence a rythmé son enfance, il a fini par être placé dans un foyer au début de son adolescence. Au caractère très perturbé, passant d’école en école, il a fini en famille d’accueil, où il a enfin trouvé un certain équilibre et de l’affection auprès de Barry et Elaine, qui seront toujours là pour lui. Malgré ce parcours chaotique, il a réussi dans sa vie, brillant élève de l’université de Bristol, il deviendra trader.

Et un jour, il fait la connaissance de Verity. Celle pour qui il sera prêt à tout, celle à qui il donnera tout pourvu qu’elle soit heureuse. Jusqu’à jouer un rôle dans un jeu, auquel il ne sait pas encore combien il sera impliqué…
Alors que sa carrière l’appelle ailleurs, Mike décide de partir, espérant trouvant une richesse plus conséquente et lui permettant de bâtir une vie encore meilleure aux côtés de Verity. Mais à son retour, il n’en est rien. Verity a changé de vie, elle va se marier. Mais Mike, niant la réalité, se persuade que cela fait partie de leur Jeu, malsain et tordu, auquel ils ont toujours joué ensemble.
« Je savais que ce n’était pas pour de vrai, que cela faisait partie du Jeu, et j’étais décidé à en profiter. »

Toujours fou amoureux de Verity, Mike ne peut s’en détacher et en aucun cas admettre ce qui lui arrive. Il tombe alors dans une spirale infernale dans laquelle il sera son propre prisonnier.
« Je ne suis pas ta mère, Mike. Je ne t’ai pas abandonné. »

Araminta Hall nous offre ici un thriller psychologique prenant. Même s’il n’y a pas énormément d’action, j’ai été captivée par cette histoire. J’ai apprécié son côté psychologique prédominant, sa facilité de lecture, son rythme. On est effectivement dans le domaine des  thrillers dits domestiques, qu’on peut déjà connaître ou avoir lu. Pour ma part, j’ai apprécié cette découverte de ce premier roman de l’auteure publié en France. Un page turner efficace…

« Il n’existe pas de geste plus grandiose que celui de tuer par amour. »

« Un matin d’hiver » de Philippe Vilain

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Éditions Grasset
Parution le 03/04/2019

C’est toujours avec un immense plaisir que je me délecte à lire les romans de Philippe Vilain. C’est un peu comme un bon film de Mr Sautet. Les plans séquences défilent les uns après les autres, illustrant des personnages qui vont bien : leur rencontre à l’université, son mariage  avec Dan, la routine de leur vie de famille, leur amour partagé avec leur petite fille Mary. Tous les ingrédients sont réunis pour en faire une famille normale.
Jusqu’au jour où Dan prétexte un voyage aux États-Unis pour visiter ses parents : il ne s’y rend pas et disparaît sans aucune nouvelle.
Alors tout comme lui, la caméra recule, se retire progressivement pour imager sa fuite et ouvrir le champ de tous les possibles.

Le temps passe et elle ne sait toujours rien. Elle se doit d’être forte pour Mary. L’absence de Dan la hante, rien ne l’explique, tout pourrait l’expliquer.
« Toutes ces années ressemblent à un matin d’hiver brumeux. Quand j’essaie de me les rappeler, je ressens seulement leur angoisse. »

Il lui est très difficile de vivre dans cette attente et incertitude permanentes. Se sentant totalement impuissante, face à cette situation et aux autorités « blasées », elle décide d’agir et de partir à sa recherche avec son beau-père. Mais en vain. Insupportable. Attendre sans savoir. Comment retrouver espoir ?
« L’absence n’est ni la mort, ni tout à fait l’espoir, mais cette torture du temps, son inquiétude et son vertige, qui fait espérer des choses auxquelles on fait semblant de croire ; l’absence, c’est attendre sans pouvoir agir ni faire le deuil, c’est vivre avec un sentiment d’inachevé. »

Les années passent et quelques rencontres ont croisé son chemin de vie, celle d’une femme que son mari a laissé seule, qui a beaucoup de mal à se faire à cette idée. Mais pour sa fille et pour elle, elle n’abandonne pas sa quête de la vérité… La trouvera-t-elle ?
« Parfois, je n’ai pas envie de m’expliquer les choses, j’ai envie de croire à la poésie du monde, que rien n’est figé dans des explications. »

Cher Philippe Vilain, vous savez déjà combien vos histoires me touchent, combien votre écriture me bouleverse, combien je trouve vos livres trop courts. De votre plume émane toujours la sensibilité, la tendresse, la douceur, l’intensité et la beauté des phrases que je ne cesse de recenser. Ce mystérieux adage qui fait de vos romans un excellent moment de lecture.

« Ma peine s’était anesthésiée dans le tremblement des jours. »

Prix des Nouvelles voix du Polar 2019 par les Editions Pockets

C’était le 23 Septembre 2019, à Paris, chez « Les Grands Voisins ». Une très belle soirée pour clôturer une belle aventure, organisée par les Editions Pocket.

Le « prix des nouvelles voix du polar 2019 » a été décerné à Marc Voltenauer pour « Qui a tué Heidi ? » Et Wendy Walker pour « Emma dans la nuit » aux Éditions Pocket.

Toutes mes félicitations aux 2 lauréats qui méritent amplement cette récompense.

Et un grand merci à toute la dynamique et chaleureuse équipe Pocket pour ce fabuleux évènement.

 

 

« Les eaux de Joana » de Valério Romão

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Rencontre avec Valério Romão à la librairie Le Divan le 26/09/19

Éditions Chandeigne
Parution le 19/09/2019
Rentrée littéraire 2019

Dès le début de ma lecture, j’ai été surprise par deux choses :
– d’abord concernant la ponctuation, de très longues phrases ponctuées de virgules pour donner l’occasion  au lecteur de reprendre sa respiration, mais une certaine timidité quant à l’utilisation du point ; ceci étant, on s’y fait très bien et cela donne même un certain élan à la lecture ;
– et puis une vague incompréhension à la découverte des 1eres pages, lors de la scène de Joana allaitant cet enfant, qui a provoqué un certain choc en moi (était-ce l’effet escompté). Et puis on comprend… et la voilà qui sort de ce rêve… Mais reprend-elle pied pour autant ?
Alors phrase après phrase, on fait connaissance avec Joana et son mari, en découvrant le calvaire qu’ils vont vivre, celui de la perte de leur bébé.

Au delà de la souffrance qu’engendre la perte de son enfant, il y a tout l’aspect de la prise en charge de la maman dès son arrivée à l’hôpital.   C’est une telle banalité pour le personnel hospitalier qu’on en est sonné. La manière dont on s’adresse à elle. Les mots et le ton sur lequel on lui annonce que son bébé, qu’elle porte encore en elle, est mort. Et dire que ce livre est écrit par un homme, c’est aussi là un des tours de force de Valério Romão d’avoir su faire passer les sensations purement féminines au fil de ses phrases sans fin. Savoir nous transmettre le sentiment de Joana, une maman en perdition, au bord de la folie. Et un papa désarmé, Jorge au pied du mur, qui découvre avec stupeur cette triste nouvelle après tant d’heures d’attente…

« Comme si l’acte de naître était aussi désacralisé qu’acheter du lait chez l’épicier. »

C’est un torrent, une véritable déferlante d’émotions qui ont fait irruption lors de cette lecture. Parce que l’histoire de Joana fait un immense écho en moi, parce que tout ce que j’y ai lu, on me l’a déjà narré : les souffrances décrites dans ce livre poignant, je les ai déjà entendues, sortir d’un hôpital sans rien dans les bras, on me l’a déjà raconté, me dire comment elle a été traitée, ce qu’on lui a caché et jamais révélé, on me l’a déjà narré. Alors je retrouve tout dans les mots puissants et bouleversants de Valério Romão, qui m’ont touchée au plus profond de mon être…

Les larmes aux yeux omniprésentes, une lecture incroyable comme en apnée, que je ne peux que vous inviter à découvrir…